Dr H. SRV

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Cannabis

DépendancesSources publiques · oct. 2026

💊 Doses / traitement✉️ Signaler une erreur

En bref : À l'hôpital, le cannabis se présente sous 4 formes : intoxication (surtout comestibles et enfants), syndrome d'hyperémèse cannabinoïde, sevrage chez l'usager quotidien hospitalisé et trouble lié à l'usage. Le cannabis médical n'a une place qu'en adjuvant de 3e ligne pour quelques indications (douleur neuropathique réfractaire, douleur palliative, NVIC, spasticité de SP ou de lésion médullaire), en privilégiant les produits pharmaceutiques (nabilone, nabiximols).

📗 Fiche remise en ligne le 2026-10-14 : les passages tirés de documents internes du CISSS de la Montérégie-Centre ont été remplacés par des sources publiques (Santé Québec – Estrie-CHUS, INESSS, monographies, sociétés savantes). Vérifier les protocoles de son établissement.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Enfant ayant ingéré un comestible : coma, apnée, convulsions.
  • Cannabinoïde synthétique (« K2, Spice ») : agitation, convulsions, insuffisance rénale.
  • Douleur thoracique chez le jeune (SCA, arythmies) ; psychose.
  • SHC : hypokaliémie, alcalose, IRA prérénale.

✅ À faire maintenant

  • Fréquence, forme, quantité ; comestible (début retardé, effets prolongés) ; co-ingestions.
  • ECG si douleur thoracique, et avant l'halopéridol (QTc) ; électrolytes.
  • Vomissements : lipase, bilan hépatique, électrolytes, test de grossesse, AU ; éviter de répéter les imageries.
  • Usager quotidien hospitalisé : anticiper le sevrage (dès 1–2 jours ; irritabilité, insomnie).

💊 Premières ordonnances

  • Intoxication : benzodiazépine (p. ex. lorazépam 1–2 mg PO/SL q4–6 h PRN) si agitation ou anxiété sévère.
  • SHC : réhydratation orale, capsaïcine topique en option, arrêt du cannabis ; vomissements incoercibles, prise PO impossible, déshydratation (FC ≥ 110, TAS ≤ 90, oligurie) ou hypoK : urgence (hydratation IV, électrolytes, halopéridol IV).
  • Sevrage : traitement symptomatique (sommeil, anxiété, nausées).
  • Cannabis médical (3e ligne, adjuvant) : nabilone PO, à faible dose au coucher, titrer lentement (monographie, NVIC : 1–2 mg PO bid, max 6 mg/j).

📞 Appeler / référer si

  • Centre antipoison du Québec (1 800 463-5060, 24/7) pour un enfant intoxiqué.
  • Trouble lié à l'usage : services en dépendance du CISSS (CRD) ; ligne Drogue : aide et référence.

🔗 Ressources et raisonnement

🧠 Raisonnement Raisonnement diagnostique (VINDICATE, drapeaux rouges)

Pharmacologie et formes

  • THC : psychoactif (euphorie, anxiété, psychose, appétit, analgésie). CBD : non euphorisant ; interactions médicamenteuses possibles (p. ex. warfarine, clobazam, tacrolimus) : vérifier avec le pharmacien.
  • Formes : fleurs séchées (beaucoup de produits ont ≥ 15 % de THC, bien plus que les produits étudiés), huiles, capsules, concentrés, vapotage, comestibles.
  • Ingéré : absorption plus lente et effets plus prolongés qu'après inhalation ; risque de surdosage par réadministration précoce.
  • Interactions : sédatifs, alcool, opioïdes (dépression du SNC).
Effets
Recherchés Euphorie, relaxation, sédation, appétit, analgésie, perceptions sensorielles accrues
Intoxication Anxiété, méfiance, psychose, confusion, troubles de mémoire et de coordination, tachycardie, hypotension, yeux rouges
Sevrage Irritabilité, anxiété, insomnie, perte d'appétit, humeur dépressive, agitation, fatigue

Intoxication aiguë

  • Traitement de soutien : environnement calme, réassurance (approche pacifiante). Benzodiazépine si agitation ou anxiété sévère. Antipsychotique si psychose.
  • Agitation avec risque d'escalade : suivre la procédure de l’établissement de gestion de l'agressivité (pré-code blanc, puis code blanc si la sécurité est menacée, selon la procédure de l’établissement ; mesures de contrôle en dernier recours : CREF-ZZ-001 de l’Estrie).
  • Rechercher les co-ingestions (alcool, stimulants) et un cannabinoïde synthétique (« K2, Spice ») si agitation, convulsions, insuffisance rénale ou présentation sévère.
  • Enfant ayant ingéré un comestible : somnolence, ataxie, hypotonie, voire coma, apnée, convulsions. Observation prolongée ; contacter le Centre antipoison du Québec (1 800 463-5060, en tout temps). Bon moment pour parler de rangement sécuritaire.
  • Risques cardiovasculaires : SCA et arythmies décrits chez le jeune ; envisager un ECG si douleur thoracique.

Syndrome d'hyperémèse cannabinoïde (SHC)

  • Usage régulier (au moins hebdomadaire, souvent depuis > 1 an), épisodes cycliques de nausées, vomissements sévères et douleurs abdominales, souvent avant 50 ans.
  • Soulagement par les douches ou bains chauds (très évocateur, non obligatoire).
  • Résolution avec l'arrêt du cannabis.
  • Diagnostic d'exclusion (aucun examen diagnostique) : bilan de base (lipase, bilan hépatique, électrolytes, test de grossesse, AU) ; éviter de répéter les imageries.
  • Traitement aigu :
    • Déshydratation, prise PO impossible ou troubles électrolytiques (hypokaliémie, alcalose, IRA prérénale) : urgence (hydratation IV, correction des électrolytes).
    • Capsaïcine topique (0,075–0,1 %) sur l'abdomen : option, données limitées (petit ECR pilote à 0,1 %).
  • Prévention : l'arrêt du cannabis est le seul traitement définitif. Remettre une information écrite et des ressources d'aide.

💡 Le patient croit souvent que le cannabis soulage ses nausées : expliquer le paradoxe sans jugement augmente les chances d'arrêt.

Sevrage et trouble lié à l'usage du cannabis

  • Le sevrage débute habituellement 1 à 2 jours après l'arrêt et peut durer quelques semaines. Il est inconfortable mais non dangereux.
  • Environ 1 usager sur 10 développe une dépendance ; 1 sur 2 chez l'usager quotidien ou quasi quotidien.
  • Chez l'usager quotidien hospitalisé : anticiper l'irritabilité et l'insomnie (qui peuvent mimer un délirium ou mener à un départ contre avis médical).
  • Traitement symptomatique : sommeil, anxiété, nausées.
  • Rappeler qu'il est interdit de fumer ou de vapoter à l'hôpital.
  • Trouble lié à l'usage (DSM-5) : approches psychosociales (entrevue motivationnelle, thérapie cognitivo-comportementale). Aucun médicament n'est approuvé pour ce trouble.
  • Orienter vers les services en dépendance (CRD du CISSS) ; ligne Drogue : aide et référence.

Populations vulnérables

Selon Le Médecin du Québec (notes de Dr H.), la prescription est contre-indiquée ou à faire avec grande prudence chez : - Enfants, adolescents et jeunes adultes (cerveau en développement, avant 25 ans). - Femmes enceintes, qui souhaitent le devenir ou qui allaitent. - Personnes avec trouble de santé mentale, en particulier antécédents personnels ou familiaux de psychose ou trouble bipolaire. - Trouble lié à l'usage du cannabis ou d'une autre substance. - Maladie cardiovasculaire ou respiratoire (surtout pour la forme fumée). - Personnes âgées : chutes, confusion, hypotension orthostatique.

Cannabis médical

Indication Recommandation (CMFC, 2018) Préalable Produit à privilégier
Douleur neuropathique Contre en 1re et 2e intention ; envisager en adjuvant (faible) Échec d'au moins 3 analgésiques (essai d'environ 6 semaines chacun) Nabilone ou nabiximols
Douleur palliative (cancer) Contre en 1re et 2e intention ; envisager en adjuvant (faible) Échec d'au moins 2 analgésiques Nabilone ou nabiximols
NVIC Contre en 1re et 2e intention ; envisager si réfractaire Échec des antiémétiques standards Nabilone (forte)
Spasticité (sclérose en plaques, lésion médullaire) Contre en 1re et 2e intention ; envisager si réfractaire Échec des traitements standards, y compris non pharmacologiques Nabiximols (forte) ; nabilone envisageable pour son coût moindre (hors indication)
Douleur aiguë, céphalée, douleur rhumatologique (arthrose, lombalgie, PAR), nausées en général, spasticité en général Contre — —
Nausées de la grossesse, hyperémèse gravidique Fortement contre — —
  • Nabilone et nabiximols (vaporisateur buccal THC/CBD) : débuter à faible dose et titrer selon la monographie ; somnolence, étourdissements ; nabiximols coûteux.
  • Éviter le cannabis fumé comme produit initial. Si cannabis séché : commencer bas, augmenter lentement (CMFC : 1 inhalation par jour d'un produit ≤ 9 % de THC, jusqu'à 4 inhalations par jour).
  • Effets indésirables : environ 80 % des usagers (contre 60 % sous placebo) ; abandon pour effets indésirables 11 % contre 3 % ; sédation, étourdissements, hypotension, troubles d'attention, dysphorie.
  • Conduite : ne pas conduire pendant 3–4 h après inhalation, 6 h après ingestion, 8 h si sensation de « high » ; ni d'activité dangereuse.

⚠️ Mis à jour (CMFC, 2018) : la note d'origine listait les indications du cannabis médical. La ligne directrice simplifiée du Collège des médecins de famille du Canada recommande contre son usage pour la plupart des affections. Les 4 indications retenues ne sont qu'une option de 3e intention en adjuvant, après échec des traitements standards. Les délais de conduite sont de 3–4 h (inhalation), 6 h (ingestion) et 8 h si « high ».

⚠️ Mis à jour (Ruberto et coll., Ann Emerg Med 2021 ; RCEM 2024) : dans le SHC, l'halopéridol (0,05 mg/kg IV après ECG) se donne à l'urgence ; la dose fixe de 2,5–5 mg, le dropéridol et la prévention par tricyclique ont été retirés faute de source consultée.

Pièges et perles

  • Dépistage urinaire : le métabolite du THC peut rester positif longtemps après le dernier usage chez l'usager chronique ; un résultat positif ne prouve pas une intoxication actuelle.
  • Psychose induite : l'usage régulier, surtout de produits à forte teneur en THC, augmente le risque de psychose et de schizophrénie.
  • Usage de cannabis + vomissements cycliques + gastroscopies normales = SHC jusqu'à preuve du contraire.
  • Questionner systématiquement l'usage de cannabis (fréquence, forme, quantité) au même titre que l'alcool et le tabac, sans jugement et en assurant la confidentialité.

Outils publics de l’Estrie

Documents publics de Santé Québec – Estrie-CHUS, utilisés à la place de documents internes.

📄 Outil public de l’Estrie — CREF-ZZ-001 : Cadre de référence : application des mesures de contrôle (contention, isolement, substances chimiques) (2019)

  • Art. 118.1 de la LSSSS : seulement pour empêcher une lésion à soi ou à autrui, risque imminent, en dernier recours, mesure la moins contraignante, durée minimale.
  • Contexte planifié : consentement de la personne ou de son représentant, plan d’intervention ; urgence imprévisible : sans consentement (C.c.Q., art. 13), aviser rapidement le représentant et analyser l’événement.
  • Le médecin prescrit les substances chimiques, réévalue souvent et cesse la mesure dès qu’elle n’est plus nécessaire.

Résumé dans nos mots. Source : Santé Québec – Estrie-CHUS, CREF-ZZ-001. Document public utilisé à la place d’un document interne ; les corridors, formulaires et délais sont ceux de l’Estrie : utiliser ceux de son milieu.

Références