En bref : La plupart des cervicalgies sont mécaniques et guérissent spontanément en quelques semaines. On cherche d'abord les signaux d'alarme (infection, néoplasie, fracture) et les signes de myélopathie, une urgence relative à ne pas manquer. Après un trauma, la règle canadienne de la colonne cervicale guide l'imagerie. La radiculopathie se traite d'abord de façon conservatrice. On demande une IRM en cas de déficit progressif, de myélopathie ou d'échec après 6–12 semaines.
Causes
| Catégorie | Exemples |
|---|---|
| Mécanique (> 90 %) | Entorse ou spasme musculaire, posture, whiplash (flexion-extension), arthrose cervicale (uncarthrose, facettes) |
| Radiculaire | Hernie discale (jeune), sténose foraminale par ostéophytes (âgé) |
| Médullaire | Myélopathie cervicale spondylotique, sténose canalaire |
| Systémique ou inflammatoire | Pseudopolyarthrite rhizomélique, polyarthrite rhumatoïde (instabilité C1-C2), spondylarthrite, fibromyalgie |
| Graves | Spondylodiscite ou abcès épidural, métastases, fracture, dissection carotidienne ou vertébrale, SCA (douleur référée), méningite |
Signaux d'alarme
- Trauma récent important, ou trauma mineur chez une personne âgée ou ostéoporotique.
- Fièvre, frissons, utilisation de drogues IV, immunosuppression, corticothérapie prolongée.
- Antécédent de cancer, perte de poids inexpliquée, douleur nocturne ou au repos.
- Signes de myélopathie :
- maladresse des mains, trouble de la marche ;
- Hoffmann, Babinski, hyperréflexie, clonus ;
- atteinte sphinctérienne.
- Céphalée brutale ou signes neurologiques centraux, qui évoquent une dissection (souvent après une manipulation ou un trauma mineur).
- Âge > 50 ans avec raideur des ceintures et VS ou CRP élevée (pseudopolyarthrite rhizomélique, artérite temporale).
Examen
- Inspection, palpation, amplitudes (rotation normale d'environ 80°).
- Examen neurologique complet des membres supérieurs et inférieurs : force, sensibilité, réflexes, signes pyramidaux.
- Spurling : extension, rotation et inclinaison vers le côté atteint avec compression axiale. Un test positif reproduit la douleur radiculaire (spécifique, peu sensible).
- Test de distraction : la traction axiale soulage les symptômes radiculaires.
| Racine (disque) | Fréquence | Douleur ou sensibilité | Faiblesse | Réflexe |
|---|---|---|---|---|
| C5 (C4-C5) | Rare | Épaule, face latérale du bras | Abduction de l'épaule, deltoïde | Bicipital |
| C6 (C5-C6) | Environ 20 % | Avant-bras latéral, pouce, index | Flexion du coude, extension du poignet | Bicipital, stylo-radial |
| C7 (C6-C7) | Environ 60–70 % | Majeur | Triceps, extension du poignet et des doigts | Tricipital |
| C8 (C7-T1) | Environ 10 % | 4e et 5e doigts, avant-bras médial | Fléchisseurs des doigts, intrinsèques | — |
| T1 | Rare | Bras médial | Intrinsèques (abduction des doigts) | — |
Imagerie
- Les radiographies simples ont peu d'utilité sans trauma. Une arthrose radiologique est quasi universelle après 50 ans et ne corrèle pas avec la douleur.
- EMG : si le diagnostic est incertain (neuropathie périphérique, syndrome du canal carpien associé).
Prise en charge
- Rassurer : l'évolution est favorable chez la majorité des patients. On encourage à rester actif et on évite le collier cervical prolongé.
- Exercices (mobilité, renforcement des muscles profonds du cou et des scapulaires), correction posturale et ergonomie. Physiothérapie ; thérapie manuelle ou acupuncture selon la préférence du patient.
- Analgésie :
- AINS (p. ex. naproxène 250–500 mg PO bid × 1–2 sem.) si pas de contre-indication ;
- acétaminophène ;
- relaxant musculaire de courte durée (cyclobenzaprine 5–10 mg HS) en phase aiguë ;
- éviter les opioïdes.
- Radiculopathie : même approche, avec un court essai de prednisone possible (bénéfice modeste). Une infiltration épidurale ou foraminale guidée se discute en cas d'échec. On peut essayer un agent de la douleur neuropathique (bénéfice incertain).
- Référence en neurochirurgie ou orthopédie :
- myélopathie (urgente si progressive) ;
- déficit moteur progressif ou sévère ;
- radiculopathie invalidante après 6–12 semaines.
- Whiplash : éducation, activité précoce, pas d'imagerie s'il est à bas risque. La plupart récupèrent en moins de 3 mois.
⚠️ Chez la personne âgée, une myélopathie cervicale se présente souvent par des chutes, une démarche instable et des mains maladroites, sans douleur importante. Il faut l'évoquer devant un déclin fonctionnel inexpliqué.
💡 Une douleur cervicale avec fièvre et utilisation de drogues IV fait penser à un abcès épidural jusqu'à preuve du contraire : urgence (IRM, hémocultures avant les antibiotiques si possible).
Références
- Objectifs du CMC « Cervicalgie/dorsalgie » (Conseil médical du Canada) : tirés des notes, non vérifiés en ligne.
- Règle canadienne de la colonne cervicale (Stiell et al., JAMA 2001 ; NEJM 2003) : non vérifiée en ligne, mais bien établie.
- Doses de l'analgésie : non vérifiées en ligne. Ce sont des posologies usuelles ; se référer à la monographie.
- UpToDate (radiculopathie cervicale, Spurling, dermatomes) et articles du Médecin du Québec (notes jointes) : tirés des notes.
- Notes personnelles de Dr H. (Apple Notes)