En bref : Au sans rendez-vous, on voit surtout deux situations : le formulaire de la SAAQ (examen médical à 80 ans puis aux 2 ans, chauffeurs professionnels à 45, 55, 60 et 65 ans puis aux 2 ans) et la question « quand puis-je reconduire ? » après un événement aigu. Le médecin donne un avis fonctionnel ; c'est la SAAQ qui décide du permis. Au Québec, signaler un patient inapte est une permission (art. 603 du Code de la sécurité routière), protégée, et non une obligation. Les normes sont celles du Règlement relatif à la santé des conducteurs et du Guide de l'AMC.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d'alarme
- Événement aigu récent : SCA, AVC/ICT, syncope, convulsion, TCC, chirurgie — le patient veut savoir quand il pourra reconduire.
- Famille inquiète : accrochages, égarements, quasi-accidents, besoin d'un « copilote ».
- Condition incompatible : acuité < 6/15, champ < 100°, démence modérée à sévère, IC classe IV, trouble d'usage modéré à sévère.
- Chauffeur professionnel (classes 1–4) : délais beaucoup plus longs.
✅ À faire maintenant
- Demander si le patient conduit, et avec quelle classe de permis (promenade ou professionnel).
- CANDRIVE : cognition, atteinte fluctuante, neuro-MSK, médicaments sédatifs, accidents, expérience au volant, vision, alcool.
- Snellen (> 6/15 ?), champ par confrontation, Trail Making B (> 3 min ou ≥ 3 erreurs), horloge, marche 3 m (> 9 s).
- Le MMSE ou le MoCA seul ne suffit pas.
💊 Premières ordonnances
- Pas de médicament : interdire ou restreindre selon la norme (p. ex. convulsion unique 3 mois, syncope inexpliquée 3 mois, AVC ≥ 1 mois, STEMI avec dommage VG 1 mois, ICP 48 h).
- Diabète sous insuline ou sulfonylurée : glycémie avant de conduire, pas sous 5 mmol/L.
- Réviser les sédatifs. Voir Prise en charge pratique.
📞 Appeler / référer si
- Aptitude douteuse : ergothérapie (évaluation de la conduite) ou examen sur route SAAQ.
- Refus de cesser avec risque important : signalement à la SAAQ (art. 603), documenté.
- Réévaluation par cardiologie, neurologie ou ergothérapie avant la reprise.
🔗 Ressources et raisonnement
Formulaires de la SAAQ au sans rendez-vous
| Qui | Quand | Quoi |
|---|---|---|
| Promenade (classe 5) | 75 ans | Autodéclaration de l'état de santé remplie par le conducteur ; la SAAQ peut ensuite demander un rapport médical |
| Promenade (classe 5) | 80 ans, puis aux 2 ans | Rapport d'examen médical (médecin ou IPS) + examen visuel par un optométriste ou un ophtalmologiste |
| Professionnel (classes 1, 2, 3, 4A, 4B) | 45, 55, 60 et 65 ans, puis aux 2 ans | Rapport médical sur l'état de santé |
| Tout âge | Sur demande de la SAAQ | Rapport ciblé (p. ex. après une déclaration ou un signalement) |
- Remplir le formulaire selon l'examen fait : vision (Snellen, champ par confrontation), cognition (Trail Making B, horloge), moteur (marche 3 m, amplitudes), médicaments sédatifs, alcool. Voir Évaluation.
- Si un point exige un spécialiste (cardiologie, neurologie, ophtalmologie) ou une évaluation sur route, l'écrire plutôt que de conclure soi-même.
- Le patient doit lui-même déclarer à la SAAQ tout changement de santé qui touche sa conduite : le lui rappeler et le noter au dossier.
- Frais : à confirmer selon la clinique (service possiblement non assuré) ; en informer le patient avant de commencer.
Cadre légal au Québec
- Code de la sécurité routière, art. 603 : le professionnel de la santé peut signaler à la SAAQ le nom, l'adresse et l'état de santé d'un patient de 14 ans et plus qu'il juge inapte. Ce signalement le protège de toute poursuite.
- Le conducteur doit lui-même déclarer à la SAAQ tout changement de santé qui affecte sa conduite.
- On remplit le formulaire de la SAAQ (rapport d'examen médical ou signalement) dans le dossier, après avoir avisé le patient.
- Le médecin donne un avis médical ; c'est la SAAQ qui décide du permis (suspension, conditions, évaluation sur route).
Évaluation
Drapeaux rouges
- Événements aigus : IM, AVC, TCC, syncope, vertige, convulsion, chirurgie, délirium.
- Inquiétudes rapportées par le patient ou la famille : accrochages, égarements, contraventions, quasi-accidents, besoin d'un « copilote ».
- Maladies chroniques : vision (cataracte, DMLA, glaucome, rétinopathie), démence ou séquelles d'AVC, Parkinson, maladie psychiatrique, trouble d'usage de substances, diabète, MPOC ou apnée du sommeil, arthrose sévère, IRC.
- Événements épisodiques imprévisibles : syncope ou présyncope, angine, convulsions, ICT, hypoglycémies, narcolepsie ou cataplexie.
- Médicaments : benzodiazépines et sédatifs, opioïdes, anticholinergiques, antihistaminiques, antipsychotiques, antidépresseurs, anticonvulsivants, relaxants musculaires.
Aide-mémoire CANDRIVE (Molnar, 2005)
| Lettre | Élément |
|---|---|
| C | Cognition : démence, délirium, dépression, fonctions exécutives, attention, visuospatial |
| A | Atteinte aiguë ou fluctuante : délirium, Parkinson |
| N | Neuromusculosquelettique : AVC, syncope, hypo ou hyperglycémie, arthrite cervicale, sténose spinale |
| D | Drogues et médicaments : benzodiazépines, opioïdes, anticholinergiques, antihistaminiques |
| R | Record : accidents, contraventions |
| I | In-car experience : quasi-accidents, se perdre, besoin d'un copilote, perte de confiance |
| V | Vision : acuité, champ, éblouissement, conduite de nuit |
| E | Éthanol : consommation excessive, alcool avant de conduire |
Examen au bureau ou au chevet
| Fonction | Test | Évaluation plus poussée si |
|---|---|---|
| Acuité visuelle | Snellen, deux yeux ouverts, avec lunettes | Pire que 6/15 (20/50) |
| Champ visuel | Confrontation | Tout déficit |
| Cognition | Trail Making B | > 3 min ou ≥ 3 erreurs |
| Cognition | Horloge (11 h 10) | Tout élément incorrect |
| Moteur | Marche rapide 3 m aller-retour | > 9 secondes |
| Moteur | Amplitudes (cou, épaules, chevilles) et force | Force < 4/5 ; rotation cervicale limitée |
- Le MMSE ou le MoCA seul (normal ou bas) ne suffit pas pour juger de l'aptitude.
- Pour un cas incertain, demander une évaluation de la conduite en ergothérapie (programme spécialisé) ou un examen sur route par la SAAQ.
Prise en charge pratique
- Diabète sous insuline ou sulfonylurée : mesurer la glycémie avant de conduire et q4 h en route. Ne pas conduire sous 5 mmol/L ; si < 4, traiter et attendre 40–45 min. Garder du sucre rapide dans l'auto (Diabète Canada).
- Apnée du sommeil : un patient somnolent qui refuse l'investigation ou le traitement ne devrait pas conduire.
- Médicaments : avertir des effets sédatifs, surtout en début de traitement, au changement de dose ou au sevrage. Préférer des alternatives non sédatives chez la personne âgée.
- Cannabis : attendre au moins 6 h après l'usage (plus longtemps si ingéré ou associé à l'alcool).
- HTA : une TA soutenue > 170/110 mérite une évaluation ; une hypotension avec syncope interdit la conduite jusqu'au contrôle.
- MPOC sous oxygène : examen sur route avec l'oxygène.
Algorithme
Normes et délais (véhicule de promenade, classe 5)
⚠️ Mis à jour (Règlement relatif à la santé des conducteurs, Québec, en vigueur depuis 2015) : seuil d'acuité 6/15 (20/50) les deux yeux ensemble et champ visuel horizontal ≥ 100° (et non 120° comme dans l'ancien tableau de l'AMC des notes). Pour un véhicule commercial (classes 1–4), les normes sont plus strictes : consulter le règlement ou le guide de l'AMC.
Neurologie, métabolisme, vision
| Situation | Restriction (classe 5) |
|---|---|
| Acuité < 6/15 ou champ < 100° horizontal (< 10° au-dessus, < 20° sous la fixation) | Incompatible |
| Convulsion unique non provoquée (bilan normal, EEG sans activité épileptique) | 3 mois |
| Épilepsie | 6 mois sans crise (exceptions : crises focales sans atteinte de conscience, crises nocturnes seulement) |
| Convulsion ou perte de conscience liée à l'alcool ou à une substance | 6 mois d'abstinence |
| Syncope inexpliquée ou sans traitement efficace | 3 mois sans épisode |
| ICT | Pas de conduite avant l'évaluation médicale complète |
| AVC | ≥ 1 mois ; reprise si aucun déficit moteur, cognitif, perceptif ou visuel significatif, cause traitée et aucune convulsion |
| Diabète : hypoglycémie avec atteinte de conscience nécessitant l'aide d'un tiers | 3 mois sans épisode, bonne compréhension et suivi |
| Démence modérée à sévère (≥ 2 AVQD ou 1 AVQ perdues) | Contre-indiquée |
| Démence légère, déficit cognitif | Évaluation spécialisée ; si apte, réévaluer q6–12 mois |
| Trouble d'usage d'alcool ou de drogue modéré à sévère | Incompatible sauf rémission prolongée et évaluation SAAQ |
| Sédation consciente ou anesthésie générale ambulatoire | ≥ 24 h |
| Vertige aigu, labyrinthite, VPPB invalidant | Jusqu'à résolution |
Cardiologie (Guide de l'AMC et SCC)
| Situation | Véhicule privé |
|---|---|
| STEMI ou NSTEMI avec dommage VG important | 1 mois |
| NSTEMI sans dommage important ou angine instable | 48 h après ICP ; 7 jours sans ICP |
| ICP élective | 48 h |
| Pontages (PAC) | 1 mois |
| Stimulateur cardiaque | 1 semaine après l'implantation |
| DCI en prévention primaire | 4 semaines |
| DCI en prévention secondaire (FV ou TV avec syncope) | 6 mois (règlement QC : 6 mois sans trouble de conscience) |
| Choc approprié du DCI avec syncope | 6 mois |
| TV soutenue stable, FEVG < 30 % | 3 mois |
| TV soutenue stable, FEVG ≥ 30 %, sans DCI | 4 semaines |
| TV ou FV de cause réversible | Jusqu'à la correction |
| Bloc AV 3e degré, Mobitz II, BBG alternant avec BBD, maladie sinusale symptomatique | Aucune conduite avant le stimulateur |
| TSV, FA ou flutter avec syncope | Ablation : 48 h ; traitement médical : 3 mois |
| Syncope vasovagale typique | Aucune restriction (1 sem si récidive en < 12 mois selon l'AMC) |
| Syncope de cause identifiée et traitée | 1 semaine |
| Brugada, QT long, DAVD avec syncope | 6 mois |
| Insuffisance cardiaque classe IV NYHA | Incompatible |
| Anévrisme aortique nécessitant une chirurgie | Incompatible |
💡 Messages clés notés par Dr H. : convulsion isolée 3 mois ; épilepsie 6 mois ; post-ICP stable 48 h ; STEMI ou NSTEMI avec dommage majeur 1 mois ; stimulateur 1 semaine ; DCI en prévention primaire 4 semaines.
Suivi
- Inscrire au dossier : la restriction, sa durée, la date de reprise et le fait que le patient a été informé (idéalement en présence d'un proche).
- Avertir le patient que conduire contre avis peut annuler son assurance.
- Si le patient refuse de cesser de conduire et que le risque est important, on peut le signaler à la SAAQ (art. 603) et le documenter.
- Prévoir la réévaluation (cardiologue, neurologue, ergothérapie) avant la reprise.
Pièges et perles
- Retirer le permis est une perte d'autonomie majeure : aborder le sujet tôt, proposer des alternatives de transport et soutenir la famille.
- Un MMSE normal n'est pas un permis de conduire, et un MMSE bas n'est pas une interdiction automatique.
- Chez la personne âgée, toujours demander si elle conduit encore, même pour un autre motif de visite.
- Pour un chauffeur professionnel, les délais sont beaucoup plus longs : en aviser le patient dès la première visite.
Références
- Règlement relatif à la santé des conducteurs, C-24.2, r. 40.1 (Gouvernement du Québec, 2015)
- Règlement sur les conditions d'accès à la conduite relatives à la santé (remplacé, 2015)
- Évaluation médicale de l'aptitude à conduire — Guide du médecin, 9.1 édition (Association médicale canadienne, 2019) : déclaration discrétionnaire et protégée au Québec, évaluation fonctionnelle plutôt que diagnostic seul.
- Évaluations médicales obligatoires (SAAQ, consulté en octobre 2026)
- Évaluation médicale de l'aptitude à conduire un véhicule automobile (Collège des médecins du Québec, 2007).
- Notes personnelles de Dr H. (Apple Notes) : Précis de cardiologie (conduite automobile), tableaux de Wang et Molnar (CFP), messages clés de M.-A. Leclair (2007), présentation d'É. Azuelos (2022).