En bref : La mastite de lactation commence par des mesures conservatrices : poursuivre l'allaitement, appliquer de la glace et donner un AINS. On ajoute un antibiotique anti-staphylococcique si les symptômes durent plus de 24–48 h ou s'aggravent. On fait une échographie pour exclure un abcès si rien ne s'améliore après 48–72 h d'antibiotiques. Pour la dépression post-partum, on dépiste avec l'EPDS (seuil ≥ 11), on pose toujours la question du suicide et on exclut une psychose post-partum (urgence).
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d'alarme : diriger vers l'urgence ou consulter rapidement
- Idées suicidaires ou d'automutilation (question 10 de l'EPDS positive) : évaluation immédiate, urgence psychiatrique.
- Confusion, hallucinations ou idées délirantes concernant le bébé (psychose post-partum) : urgence, ne pas laisser la mère seule avec l'enfant.
- Mastite avec atteinte de l'état général, hypotension ou tachycardie (sepsis) : urgence.
- Masse fluctuante ou aucune amélioration après 48–72 h d'antibiotique (abcès) : échographie et consultation rapide en chirurgie.
- Masse persistante ou aucune réponse au traitement (cancer inflammatoire) : consultation rapide (imagerie et biopsie).
Mastite de lactation
Reconnaître
- Survient surtout 2–3 semaines post-partum. Zone indurée, douloureuse et chaude, souvent unilatérale. La rougeur peut être violacée ou brune selon la pigmentation.
- Fièvre, frissons, myalgies.
- Diagnostic différentiel : engorgement, canal bouché, abcès (masse fluctuante), galactocèle, cancer inflammatoire (aucune réponse au traitement).
Traitement
- Allaitement à la demande, sans surstimulation (ne pas tirer plus que nécessaire). Faire évaluer la prise du sein.
- Glace et AINS (ibuprofène 400 mg PO q6–8 h) ou acétaminophène.
- Massage doux, de type drainage lymphatique. Éviter les massages profonds et la chaleur intense.
⚠️ Mis à jour (ABM Protocol #36, 2022) : la mastite est un spectre inflammatoire (canal bouché, mastite, abcès). L'ancien conseil de « vider le sein à fond » et de masser vigoureusement aggrave l'œdème. On recommande la glace, les AINS et un allaitement physiologique (résumé non vérifié en ligne : page inaccessible).
Antibiotiques (symptômes > 24–48 h, fièvre > 38,5 °C ou aggravation)
| Molécule | Posologie | Durée |
|---|---|---|
| Céphalexine | 500 mg PO QID | 7–10 jours (jusqu'à 14) |
| Cloxacilline | 500 mg PO QID | 10–14 jours |
| Allergie aux β-lactamines : clindamycine | 300 mg PO TID–QID | 10 jours |
| Risque de SARM : TMP-SMX | 1 co DS PO BID | 10 jours ; éviter si le nourrisson est prématuré, ictérique, malade ou déficient en G6PD |
- Facteurs de risque de SARM : hospitalisation ou chirurgie récente, hémodialyse, CHSLD, VIH, UDI, antibiothérapie antérieure, incarcération, partage de matériel. Faire une culture du lait si SARM possible, récidive ou échec.
- Tous ces antibiotiques sont compatibles avec l'allaitement. Surveiller la diarrhée ou le muguet chez le nourrisson.
⚠️ Rien ne s'améliore après 48–72 h d'antibiotique, ou il y a une masse fluctuante : échographie mammaire pour exclure un abcès. On le traite par aspiration à l'aiguille guidée (ou incision et drainage) et antibiotique. L'allaitement peut continuer du côté atteint si l'incision est loin du mamelon.
Mastite hors lactation
- La forme périductale est la plus fréquente : femme d'environ 30 ans, tabagisme, douleur sous-aréolaire, écoulement, rétraction du mamelon.
- Traitement : antibiotique à large spectre couvrant les anaérobies (p. ex. amoxicilline-clavulanate) et drainage. Récidive et fistule fréquentes.
- Toute masse persistante demande une imagerie (et une biopsie) pour exclure un cancer.
Dépression post-partum
Dépistage et diagnostic
- Baby blues : jours 2–5, se résorbe en < 2 semaines, sans atteinte fonctionnelle importante. On le surveille, car il augmente le risque de dépression.
- Dépression post-partum : épisode dépressif majeur qui commence pendant la grossesse ou dans les 4 semaines (cliniquement, jusqu'à 12 mois) après l'accouchement.
- EPDS (Édimbourg, 10 items) : seuil ≥ 11 ; la question 10 (idées d'automutilation) demande une évaluation immédiate si elle est positive. Le PHQ-9 ≥ 10 est une solution de rechange acceptable.
⚠️ Mis à jour (CANMAT, 2024) : le seuil EPDS recommandé est maintenant ≥ 11 (au lieu de ≥ 10 ou ≥ 13 selon les anciennes sources). Il faut dépister une fois par trimestre et au suivi post-partum jusqu'à 12 mois. Un dépistage positif n'est jamais diagnostique : une évaluation clinique complète doit suivre.
- Bilan : TSH (thyroïdite post-partum), FSC ou ferritine. Dépister la bipolarité (MDQ) avant de prescrire un antidépresseur.
Traitement
| Sévérité | Approche |
|---|---|
| Légère à modérée | Psychothérapie (TCC, thérapie interpersonnelle), soutien par les pairs, sommeil protégé, réseau (CLSC, organismes communautaires) |
| Modérée à sévère | ISRS avec psychothérapie : la sertraline et l'escitalopram sont souvent privilégiés pendant l'allaitement (choix précis non vérifié en ligne). Si un ISRS a déjà fonctionné, on le reprend |
| Sévère, psychotique ou suicidaire | Psychiatrie urgente, hospitalisation ; ECT si une réponse rapide est requise |
- Suivi aux 1–3 semaines pendant les symptômes, puis aux 6–8 semaines après la rémission.
⚠️ Psychose post-partum (1–2/1 000 naissances) : début brutal dans les 2 premières semaines, confusion, hallucinations, idées délirantes concernant le bébé. Elle est très liée au trouble bipolaire. C'est une urgence psychiatrique : ne pas laisser la mère seule avec l'enfant.
Voir aussi
- Complications de la grossesse
Références
- Infective Mastitis in Postpartum — algorithme (Association of Ontario Midwives, 2025)
- ABM Clinical Protocol #36: The Mastitis Spectrum (Academy of Breastfeeding Medicine, 2022) (non vérifié en ligne : accès bloqué)
- CANMAT 2024 Clinical Practice Guideline for the Management of Perinatal Mood, Anxiety, and Related Disorders (CANMAT, 2024)
- Notes personnelles de Dr H. (Apple Notes) : Toronto Notes, UpToDate 2017 (facteurs de risque de SARM), EPDS.