En bref : L'énurésie nocturne est une miction involontaire pendant le sommeil chez un enfant de 5 ans ou plus. Elle guérit spontanément chez environ 15 % des enfants par année. Le bilan de base se limite à l'anamnèse, à l'examen et à une analyse d'urine. On cherche les symptômes diurnes et la constipation, et on les traite d'abord. Les deux traitements de 1re intention sont l'alarme (le plus durable) et la desmopressine (le plus rapide), proposés à partir de 6–7 ans si l'enfant et la famille sont motivés.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d'alarme : diriger vers l'urgence ou consulter rapidement
- Polyurie-polydipsie ou perte de poids (diabète) : glycémie le jour même ; urgence si vomissements, déshydratation ou somnolence.
- Céphalée, nausées, vomissements ou confusion sous desmopressine (hyponatrémie) : urgence.
- Signes neurologiques aux membres inférieurs ou anomalie lombosacrée (fossette, touffe de poils) : consultation rapide ; urgence si déficit progressif.
- Jet faible ou goutte-à-goutte constant, infections urinaires répétées : consultation rapide en urologie pédiatrique.
- HTA ou retard de croissance (néphropathie) : consultation rapide en néphrologie pédiatrique.
- Énurésie secondaire récente avec indices de maltraitance ou d'abus : consultation rapide ; signalement à la DPJ au besoin.
📨 Référer : CRDS pédiatrie générale (priorités A à E) · 🚩 Alertes cliniques : urgence
Définitions
| Terme | Définition |
|---|---|
| Énurésie nocturne | Mictions involontaires pendant le sommeil, ≥ 1 fois/mois pendant ≥ 3 mois, chez un enfant ≥ 5 ans |
| Monosymptomatique | Aucun symptôme urinaire de jour (≈ 80 % des cas) |
| Non monosymptomatique | Urgence, fuites ou pollakiurie de jour, jet faible : dysfonction vésicale ; traiter le jour d'abord |
| Primaire | N'a jamais été continent la nuit pendant ≥ 6 mois |
| Secondaire | Reprise après ≥ 6 mois de continence : chercher une cause (diabète, infection, constipation, stress, abus) |
- Mécanismes : polyurie nocturne (manque de sécrétion nocturne de vasopressine), petite capacité vésicale ou hyperactivité du détrusor, difficulté à s'éveiller. L'hérédité est forte (risque de 40–75 % si un ou deux parents ont été énurétiques).
Évaluation
- Anamnèse : fréquence, nombre de mictions par nuit, symptômes diurnes, selles (constipation), apports liquidiens en soirée, ronflement et apnées (SAOS), polyurie et polydipsie, développement, comportement (TDAH), stress, impact sur l'enfant.
- Calendrier mictionnel de 2 jours et calendrier des nuits sèches ou mouillées : volumes, fréquence, capacité fonctionnelle.
- Examen : TA, croissance, abdomen (fécalome), organes génitaux, dos et sacrum (fossette, touffe de poils), examen neurologique des membres inférieurs, démarche.
- Analyse d'urine (glucose, densité, leucocytes, nitrites). Aucune imagerie de routine.
⚠️ Signaux d'alarme justifiant une investigation ou une référence : énurésie secondaire d'apparition récente, polyurie-polydipsie (diabète, diabète insipide), jet faible ou goutte-à-goutte constant (valves urétrales, uretère ectopique), infections urinaires répétées, signes neurologiques ou anomalie lombosacrée, HTA ou retard de croissance (néphropathie), ronflement avec apnées.
Prise en charge
Traitements
| Traitement | Modalités | Points clés |
|---|---|---|
| Alarme | Chaque nuit, pendant 2 à 3 mois ; continuer jusqu'à 14 nuits sèches consécutives | Succès ≈ 2 enfants sur 3 ; moins de rechutes ; demande un parent impliqué (l'enfant doit être réveillé) |
| Desmopressine | Comprimé fondant (Melt) 120 µg, à augmenter à 240 µg au besoin, 30 à 60 min avant le coucher (ou comprimé de 0,2–0,4 mg) | Effet en quelques jours ; rechute fréquente à l'arrêt ; réévaluer aux 3 mois avec une pause, et réduire graduellement |
| Anticholinergique (oxybutynine) | En complément, si capacité vésicale réduite ou symptômes de jour | Constipation et effets anticholinergiques |
⚠️ Hyponatrémie avec la desmopressine : aucun liquide de 1 h avant à 8 h après la dose (au plus quelques gorgées). Cesser si l'enfant a des vomissements, de la diarrhée ou de la fièvre. Ne pas utiliser en vaporisateur nasal pour l'énurésie : cette forme n'est plus indiquée au Canada à cause des hyponatrémies graves. Signes à enseigner : céphalée, nausées, vomissements, confusion.
- Mesures non recommandées : restriction liquidienne extrême, réveils forcés à heures fixes, punitions ou couches à long terme chez l'enfant plus âgé.
Pièges et perles
- La constipation est la cause cachée la plus fréquente d'un échec de traitement : demander la fréquence et la consistance des selles, et palper l'abdomen.
- Un enfant qui ronfle et fait des apnées peut s'améliorer après une adéno-amygdalectomie.
- L'énurésie touche l'estime de soi : la traiter dès que l'enfant en souffre, même si elle guérirait seule.
Références
- Société canadienne de pédiatrie : prise en charge de l'énurésie nocturne primaire (document de principes, 2005, réaffirmé) : non vérifié en ligne (site inaccessible lors de la consultation).
- International Children's Continence Society (ICCS) : recommandations sur l'énurésie monosymptomatique (2020), complément international : non vérifié en ligne.
- Mise en garde sur la desmopressine nasale dans l'énurésie : Santé Canada (2007–2009), non vérifié en ligne.
- Le Médecin du Québec : article sur l'énurésie joint aux notes de Dr H. (PDF non transcrit).
- Notes personnelles de Dr H. (Apple Notes).