En bref : Le syndrome d'apnées-hypopnées obstructives du sommeil est très fréquent et souvent non diagnostiqué chez les patients hospitalisés (obésité, IC, FA, AVC, HTA résistante, opioïdes). À l'hôpital : dépister (STOP-Bang), poursuivre la PPC du patient, limiter les sédatifs et opioïdes, surveiller la saturation et penser au syndrome obésité-hypoventilation. Le diagnostic et l'ajustement se font en externe (polygraphie à domicile ou polysomnographie).
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d'alarme
- Désaturations sous opioïdes ou sédatifs, surtout en postopératoire (pire aux nuits 2–3).
- Syndrome obésité-hypoventilation : IMC ≥ 30, HCO₃ veineux ≥ 27 mmol/L, SpO₂ éveillé < 90 % ; décompensation sous O₂ à haut débit et sédatifs.
- Apnée centrale (Cheyne-Stokes) : IC, post-AVC, opioïdes.
✅ À faire maintenant
- STOP-Bang (≥ 5 : risque élevé) si pas de diagnostic.
- Demander la PPC du patient ; l'utiliser à chaque période de sommeil, siestes comprises.
- Alerte « SAHS » au dossier ; position semi-assise ou latérale.
- Saturométrie continue si opioïdes ou sédatifs ; gaz si hypercapnie soupçonnée.
💊 Premières ordonnances
- PPC (CPAP ou APAP) toute la nuit.
- Analgésie multimodale : acétaminophène 650–1000 mg PO q6h (max 4 g/j), AINS si permis (p. ex. ibuprofène 400 mg PO q6–8 h, max 1200 mg/j) ; opioïdes à faible dose (Analgésie et douleur aiguë).
- Éviter ou réduire BZD, hypnotiques Z, antihistaminiques sédatifs, gabapentinoïdes.
- O₂ : viser SpO₂ 88–92 % si risque d'hypercapnie ; l'O₂ seul ne traite pas le SAHS.
📞 Appeler / référer si
- Hypercapnie ou décompensation : VNI (BiPAP), soins intensifs au besoin.
- Clinique du sommeil : dépistage positif, désaturations nocturnes, hypercapnie inexpliquée, apnée centrale.
- Somnolence importante non traitée : aviser de ne pas conduire ; signalement SAAQ possible.
📨 Référer : CRDS pneumologie adulte (priorités A à E) · 🚩 Alertes cliniques : urgence
🔗 Ressources et raisonnement
📞 Consulter CRDS — Pneumologie adulte · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe
Définition et sévérité
- Obstructions répétées des voies aériennes supérieures pendant le sommeil : désaturations, micro-éveils, somnolence diurne.
- Index d'apnées-hypopnées (IAH) par heure de sommeil :
| IAH | Sévérité |
|---|---|
| 5–14 | Légère |
| 15–29 | Modérée |
| ≥ 30 | Sévère |
- Diagnostic : IAH ≥ 15, ou IAH ≥ 5 avec symptômes (somnolence, ronflement, apnées observées, insomnie) ou comorbidité (HTA, FA, IC, AVC, troubles cognitifs ou de l'humeur).
Dépistage : STOP-Bang
| Lettre | Critère (1 point chacun) |
|---|---|
| S | Ronflement fort (Snoring) |
| T | Fatigue ou somnolence diurne (Tired) |
| O | Apnées observées |
| P | Pression artérielle élevée ou traitée |
| B | IMC > 35 kg/m² |
| A | Âge > 50 ans |
| N | Tour de cou > 40 cm (Neck) |
| G | Sexe masculin (Gender) |
- 0–2 : risque faible ; 3–4 : intermédiaire ; 5–8 : risque élevé (ou ≥ 2 des 4 premiers items + homme, IMC > 35 ou cou > 40).
- Chercher activement le SAHS si : antécédents cardiovasculaires ou vasculaires cérébraux, IC, FA, HTA résistante, opioïdes au long cours (risque d'apnée centrale aussi).
Diagnostic (en externe)
- Polygraphie à domicile (type III) si probabilité élevée et pas de comorbidité importante. Un IAH ≥ 15 confirme un SAHS modéré à sévère.
- Si polygraphie non diagnostique (technique inadéquate ou IAH < 5) malgré une forte probabilité : répéter ou faire une polysomnographie en laboratoire.
- Polysomnographie d'emblée si : MPOC ou maladie respiratoire importante, maladie neuromusculaire, IC sévère, opioïdes, suspicion d'hypoventilation, d'apnée centrale ou d'un autre trouble du sommeil.
Traitement
| Option | Indication |
|---|---|
| PPC (CPAP ou APAP) | 1re intention si SAHS avec somnolence ou atteinte de la qualité de vie, et si HTA ; à utiliser toute la nuit. La poursuivre même si l'usage est < 4 h/nuit |
| Interventions d'adhésion | Éducation, soutien, suivi télésurveillé ; surtout si anxiété, insomnie, TSPT |
| Orthèse d'avancée mandibulaire | SAHS léger à modéré (IAH < 30) ou intolérance à la PPC ; fabriquée par un dentiste |
| Perte de poids | Pour tous les patients en surpoids ; chirurgie bariatrique au besoin |
| Thérapie positionnelle | SAHS positionnel (surtout en décubitus dorsal) |
| Chirurgie nasale | Obstruction nasale anatomique qui empêche la PPC |
| Stimulation du nerf hypoglosse | IAH 15–65, IMC < 32, échec de la PPC ; centre spécialisé |
| Avancement maxillo-mandibulaire | SAHS sévère réfractaire |
- Oxygène seul : non recommandé comme traitement du SAHS.
- La BiPAP est réservée aux pressions élevées, à l'hypoventilation et aux intolérances ; elle n'est pas un traitement de routine.
⚠️ Mis à jour (FDA, 2024) : le tirzépatide (10–15 mg SC par semaine) est approuvé aux États-Unis pour le SAHS modéré à sévère chez l'adulte obèse, en complément de la diète et de l'activité physique. Vérifier le statut au Canada et la couverture avant de le prescrire pour cette indication.
📋 Algorithme de l’Estrie — Apnée du sommeil (2017)
- Adulte : amygdales 3-4/4, consultation ORL ; rétrognathie, chirurgie maxillo-faciale.
- Enfant : amygdales volumineuses ou saturométrie nocturne anormale, clinique d’apnée pédiatrique ou ORL ; essai de 3 mois de corticostéroïde intranasal ± montélukast (aviser du risque de cauchemars).
Résumé dans nos mots. Source : CIUSSS de l’Estrie-CHUS, « Apnée du sommeil », 2017. Algorithme ancien : en cas d’écart, les recommandations plus récentes de cette fiche priment. Les corridors de référence sont ceux de l’Estrie : utiliser ceux de son milieu.
Suivi et congé
- Dossier : SAHS connu ou soupçonné, score STOP-Bang, utilisation de la PPC, incidents de désaturation.
- Orientation en clinique du sommeil si dépistage positif, désaturations nocturnes ou hypercapnie inexpliquée.
- Conduite automobile : un SAHS avec somnolence diurne importante non traitée contre-indique la conduite jusqu'à un traitement efficace. Au Québec, le médecin peut (sans y être obligé) signaler un conducteur inapte à la SAAQ.
- Revoir les médicaments sédatifs à chaque visite.
Pièges et perles
- La FA, l'HTA résistante et l'IC « qui ne s'expliquent pas » cachent souvent un SAHS non traité.
- L'apnée centrale (respiration de Cheyne-Stokes) se voit en IC, après un AVC et sous opioïdes : elle ne se traite pas comme un SAHS obstructif ; orienter en clinique du sommeil.
- L'insomnie coexiste souvent avec le SAHS (voir la fiche Insomnie) : la TCC-I est la 1re intention ; éviter les hypnotiques sédatifs tant que le SAHS n'est pas traité.
Références
- Apnée du sommeil — algorithme (CIUSSS de l’Estrie-CHUS, santeestrie.qc.ca, ORL)
- Clinical Practice Guideline for the Treatment of OSA with Positive Airway Pressure (AASM, 2019)
- FDA Approves First Medication for Obstructive Sleep Apnea (FDA, 2024)
- The Management of Chronic Insomnia Disorder and Obstructive Sleep Apnea (VA/DoD, 2019)
- Notes personnelles de Dr H. (Apple Notes) : « SAHS », mnémonique SEESTA, recommandations VA/DoD, présentation FMOQ (Baltzan, 2020).