Dr H. SRV

Fiches › Gastro-entérologie et hépatologie

Côlon irritable et constipation

Gastro-entérologie et hépatologieFiche révisée · 15 oct. 2026

Voir aussi : INESSS — Élimination fécale (soins palliatifs et gériatrie)

💊 Doses / traitement✉️ Signaler une erreur

En bref : Le syndrome de l'intestin irritable (SII) est un diagnostic positif (critères de Rome IV) après exclusion des signes d'alarme et une sérologie cœliaque ; on traite selon le sous-type (CAG 2019). La constipation est souvent médicamenteuse (opioïdes, anticholinergiques, fer, calcium) et liée à l'immobilité : prévenir dès le début d'un opioïde, toucher rectal pour chercher un fécalome, PEG + stimulant en 1re intention (INESSS 2025).

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Perte de poids, rectorragies ou méléna, anémie ferriprive, début après 50 ans
  • Douleur, vomissements ou distension aiguës : occlusion ou Ogilvie avant tout laxatif
  • Fuites liquides chez la personne âgée : fécalome jusqu'à preuve du contraire
  • Pédiatrie : retard du méconium, fossette sacrée, botulisme infantile

✅ À faire maintenant

  • Revue des médicaments (opioïdes, anticholinergiques, fer, calcium) et de la diète
  • Toucher rectal : fécalome, tonus, dyssynergie
  • Bilan ciblé : FSC, glucose, Ca, TSH, créatinine ; sérologie cœliaque si SII
  • Coloscopie si signes d'alarme ou début ≥ 50 ans

💊 Premières ordonnances

  • PEG 3350 17 g PO die (8,5–34 g) + sennosides 8,6–17,2 mg PO HS (max 34,4 mg)
  • Échec à J4–5 ou fuites : suppositoire de glycérine 1 IR ou bisacodyl 10 mg IR (max q12h)
  • Tout patient sous opioïde : sennosides ± PEG d'emblée ; pas de docusate seul
  • Constipation aux opioïdes réfractaire : naloxégol 25 mg PO die
  • SII : psyllium 1 c. à table (≈ 3,5 g) PO die–tid avec ≥ 250 mL d'eau, augmenter graduellement ; SII-C linaclotide 290 µg PO die ; douleur amitriptyline 10–25 mg PO HS

📞 Appeler / référer si

  • Suspicion d'occlusion, perforation, saignement digestif : patron, chirurgie
  • Signes d'alarme : coloscopie, gastro-entérologie
  • Plan intestinal dès l'ajout de fer, de calcium ou d'un opioïde

📨 Référer : CRDS gastroentérologie · CRDS chirurgie générale (priorités A à E) · 🚩 Alertes cliniques : urgence

🔗 Ressources et raisonnement

📘 Protocoles INESSS — Élimination fécale (soins palliatifs et gériatrie)

📞 Consulter CRDS — Gastroentérologie · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe

Constipation chronique : causes

Catégorie Exemples
Fonctionnelle SII-C, transit lent, dyssynergie du plancher pelvien, mixte
Médicaments Opioïdes, anticholinergiques, antidépresseurs, antipsychotiques, antihistaminiques, fer, calcium, aluminium, bloqueurs calciques (vérapamil), antagonistes 5-HT3, diurétiques
Métabolique Hypothyroïdie, hypercalcémie, hypokaliémie, diabète, grossesse
Neurologique Parkinson, SEP, atteinte médullaire, neuropathie autonome
Structurale Cancer colorectal, sténose, fissure anale, rectocèle
  • Évaluation : définition (selles dures, effort, évacuation incomplète, < 3/semaine), revue des médicaments et de la diète, toucher rectal (fécalome, tonus, dyssynergie). Bilan ciblé : FSC, glucose, Ca, TSH, créatinine. Coloscopie si signes d'alarme ou dépistage dû.

SII : diagnostic

  • Rome IV : douleur abdominale récurrente, en moyenne ≥ 1 jour/semaine depuis 3 mois (début ≥ 6 mois), avec ≥ 2 des critères suivants :
    • liée à la défécation ;
    • associée à un changement de fréquence des selles ;
    • associée à un changement de forme des selles.
  • Sous-types (échelle de Bristol, jours de selles anormales) : SII-C > 25 % selles dures et < 25 % molles ; SII-D > 25 % molles et < 25 % dures ; SII-M > 25 % de chacune.
Signaux d'alarme (cause organique)
Perte de poids inexpliquée ; rectorragies ou méléna ; anémie ferriprive
Vomissements inexpliqués, dysphagie progressive, douleur progressive ou nocturne
ATCD familial de MII, de maladie cœliaque ou de cancer colorectal
Début après 50 ans
  • Bilan (CAG 2019) : FSC, sérologie cœliaque (anti-transglutaminase IgA + IgA totales). Coloscopie si début des symptômes à ≥ 50 ans ou signes d'alarme. Pas de CRP, calprotectine, test d'allergie ou test respiratoire de routine (CAG) ; la calprotectine reste utile en pratique si une MII est suspectée (SII-D).

📋 Algorithme de l’Estrie — Diarrhées chroniques (2025) (mai 2025)

  • D’abord : examen avec toucher rectal, revue des laxatifs, essai sans lactose, éliminer la diarrhée de débordement (fécalome) et l’incontinence.
  • Signes d’alarme : début après 50 ans, rectorragie, symptômes nocturnes, perte de poids, anémie ferriprive, antécédent familial de MII ou de cancer colorectal.
  • Bilan : FSC, CRP, anti-transglutaminase IgA, TSH, créatinine, électrolytes, ferritine, bilan hépatique ; selles : culture, TAAN pour protozoaires, C. difficile ; calprotectine fécale.
  • Calprotectine 50 à 120 µg/g : la répéter dans 4 semaines ; plus de 120 µg/g ou forte suspicion de MII : référer pour endoscopie. Anti-transglutaminase positif : garder le gluten jusqu’à la biopsie.

Résumé dans nos mots. Source : CIUSSS de l’Estrie-CHUS, « Diarrhées chroniques (2025) », mai 2025. Les corridors de référence sont ceux de l’Estrie : utiliser ceux de son milieu.

SII : traitement selon le sous-type (CAG 2019)

SII-C

SII-D

SII-M

SII selon Rome IV
Sérologie cœliaque
Coloscopie si ≥ 50 ans ou alarme

Tous : explication, psyllium,
huile de menthe poivrée,
antispasmodique si douleur

Sous-type

Linaclotide
ou lubiprostone

Diète faible en FODMAP
Éluxadoline
Lopéramide au besoin

Diète faible en FODMAP
Probiotiques

Douleur persistante :
tricyclique faible dose
ou ISRS

TCC ou hypnothérapie

Traitement Dose Force (CAG 2019)
Psyllium (fibre soluble) 1 c. à table (≈ 3,5 g) die–tid, augmenter graduellement Forte
Tricyclique faible dose (amitriptyline 10–25 mg HS, désipramine) Titrer jusqu'à 50 mg Forte
Huile de menthe poivrée 1–2 capsules tid Conditionnelle
Pinavérium 50 mg PO tid aux repas (max 300 mg/j) Conditionnelle
Dicyclomine 10–20 mg PO tid–qid, 30 min AC et HS Conditionnelle
Hyoscine butylbromure 10–20 mg PO tid–qid Conditionnelle
Trimébutine 200 mg PO tid AC —
Linaclotide (SII-C) 290 µg PO die, 30 min avant le déjeuner Forte
Lubiprostone (SII-C) 8 µg PO bid Conditionnelle
Éluxadoline (SII-D) 100 mg PO bid (75 mg si intolérance) ; CI si pas de vésicule, alcool, pancréatite Conditionnelle
ISRS (paroxétine, citalopram) Doses usuelles Conditionnelle
Rifaximine (SII-D) 550 mg PO tid × 14 jours Pas de recommandation
  • Déconseillés (CAG 2019) : régime sans gluten (en l'absence de maladie cœliaque), son de blé, herbes médicinales, acupuncture, lopéramide en continu, cholestyramine, laxatifs osmotiques et prucalopride pour le SII-C (manque de preuves sur la douleur ; en pratique, le PEG soulage la constipation).

⚠️ Le tégasérod de l'ancienne note n'est plus commercialisé au Canada ; la ranitidine a été retirée (2019).

Constipation : traitement

Classe Molécule et dose Délai
Fibres Psyllium 1 c. à table die–tid (avec ≥ 250 mL d'eau ; éviter si alitement ou sténose) 12–72 h
Osmotique PEG 3350 17 g die (8,5–34 g) 24–72 h
Osmotique Lactulose 15–30 mL die–bid (ballonnements) 24–48 h
Osmotique Hydroxyde de magnésium 15–30 mL die ; éviter en IRC 0,5–6 h
Stimulant Sennosides 8,6–17,2 mg HS (max 34,4 mg) ; bisacodyl 5–10 mg PO HS 6–12 h
Rectal Suppositoire de glycérine ou bisacodyl 10 mg ; lavement phosphate (éviter en IRC) ou huile minérale 15–60 min
Sécrétagogue Linaclotide 72–145 µg die ; lubiprostone 24 µg bid 24 h
Prokinétique Prucalopride 2 mg die (1 mg si ≥ 65 ans ou DFGe < 30) —
Constipation aux opioïdes Naloxégol 25 mg PO die ; méthylnaltrexone 8 mg (38–61 kg) ou 12 mg (62–114 kg) SC q2 jours à domicile 30 min–4 h

⚠️ Mis à jour (AGA-ACG, 2023) : PEG, sennosides, bisacodyl/picosulfate et oxyde de magnésium ont des données solides en constipation idiopathique ; les émollients (docusate) n'ont pas d'efficacité démontrée : ne pas les prescrire seuls.

Protocole hospitalier et CHSLD (INESSS, PMN élimination fécale 2025)

  • Déclencheur : selles dures ou absentes depuis ≥ 48 h, effort, évacuation incomplète (changement de comportement chez le patient avec TNC). Toucher rectal sauf contre-indication ; fuites liquides = fécalome jusqu'à preuve du contraire.
  • Oral : PEG 17 g/j (ou lactulose 15 mL) × 2 jours + sennosides 17,2 mg ou bisacodyl 5 mg ; augmenter jusqu'à PEG 34 g, lactulose 30 mL, sennosides 34,4 mg, bisacodyl 10 mg.
  • Rectal (jour 4–5 si échec, ou d'emblée si fuites, > 7 jours sans selle ou dysphagie) : suppositoire de glycérine ou de bisacodyl (max q12 h), lavement phosphate ou huile minérale.
  • Contre-indications : occlusion suspectée, perforation, douleur abdominale aiguë, MII active, saignement digestif, chirurgie < 6 semaines, neutropénie ou thrombopénie sévère (voie rectale).
  • Tout patient sous opioïde : sennosides ± PEG prescrits d'emblée.

Fécalome

  • Désimpaction manuelle (analgésie), lavements, puis régime d'entretien pour prévenir la récidive.
  • PEG à haute dose (p. ex. 34–68 g/j × 2–3 jours) si fécalome haut sans obstruction.

    💡 Recette de Dr H. pour fécalome persistant (lavement) : NaCl 0,9 % 250 mL + mannitol 20 % 250 mL + acétylcystéine (Mucomyst) 30 mL (2 ampoules) + huile minérale 30 mL. Préparation locale empirique : vérifier avec la pharmacie de l'établissement.

📋 Algorithme de l’Estrie — Constipation chronique (2013)

  • Chercher une cause médicamenteuse (opioïdes, anticholinergiques) ou neurologique (Parkinson, démence, AVC, SEP).
  • Alarme : début soudain après 50 ans, perte de poids, changement de calibre, rectorragie, masse, distension, anémie ferriprive, antécédent familial de cancer colorectal.
  • Bilan : examen avec toucher rectal, FSC, TSH, créatinine, glycémie, calcium, VS ; RSOSi selon l’âge ; radiographie abdominale au besoin.
  • Fibres, puis PEG, bisacodyl ou suppositoire de glycérine. Gastroentérologie si constipation réfractaire avec bilan négatif.

Résumé dans nos mots. Source : CIUSSS de l’Estrie-CHUS, « Constipation chronique », 2013. Algorithme ancien : en cas d’écart, les recommandations plus récentes de cette fiche priment. Les corridors de référence sont ceux de l’Estrie : utiliser ceux de son milieu.

Pédiatrie (perles de Dr H.)

  • Pics : introduction des solides (6 mois), entrée à l'école (5 ans). Diagnostic clinique, pas de radiographie. Un bébé allaité peut aller de 10 selles/jour à 1 selle/10 jours.
  • Dyschésie du nourrisson : pleurs et efforts avec selles molles (incoordination), se résout vers 9 mois : rassurer.
  • Signaux d'alarme : retard d'émission du méconium (Hirschsprung, fibrose kystique), macroglossie (hypothyroïdie), fossette ou touffe sacrée (dysraphisme), miel ou chantier (botulisme infantile).
  • Traitement : eau, fibres, PEG 3350 (0,4–0,8 g/kg/j).

Pièges et perles

  • Diarrhée chez la personne âgée constipée : fécalome avec débordement ; ne pas donner de lopéramide.
  • Constipation aiguë avec douleur, vomissements ou distension : occlusion ou pseudo-occlusion (Ogilvie) avant tout laxatif.
  • SII qui débute après 50 ans : c'est une coloscopie, pas un diagnostic de SII.

Références