Dr H. SRV

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Convulsions et état de mal épileptique

NeurologieFiche révisée · 15 oct. 2026

💊 Doses / traitement✉️ Signaler une erreur

Fiche détaillée : commence par « Au chevet » ; les autres sections sont repliées (« Tout déplier » pour tout afficher).

En bref : Une crise tonico-clonique qui dure ≥ 5 min, ou deux crises sans retour à l'état de base, est un état de mal épileptique (EME) : 911 sans attendre. En clinique : position latérale, O₂ si disponible, glycémie capillaire et, si disponible, midazolam intranasal ou buccal en attendant l'ambulance. Par les paramédics / à l'urgence : benzodiazépine à pleine dose, puis 2e agent (lévétiracétam, fosphénytoïne/phénytoïne ou valproate), puis intubation si la crise persiste. On cherche une cause réversible : glucose, Na, Ca, Mg, toxique, sevrage, infection du SNC, éclampsie.

📌 Fiche d’origine hospitalière, gardée pour le sujet prioritaire du CMFC « Convulsions ». Au sans rendez-vous : reconnaître, amorcer le traitement et diriger ; les sections propres à l’hôpital ont été retirées.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Crise ≥ 5 min ou crises répétées sans récupération = EME
  • Pas de retour à l'éveil en 15–20 min : EME non convulsif jusqu'à preuve du contraire
  • Fièvre, méningisme, déficit focal, trauma, anticoagulation, éclampsie (≤ 6 sem post-partum)

✅ À faire maintenant

  • 911 ; ABC, position latérale, rien dans la bouche, O₂ si disponible ; noter l’heure de début et la durée.
  • Glycémie capillaire si disponible, en attendant l’ambulance.
  • Fièvre, céphalée, raideur de nuque, purpura ou altération persistante de l’état de conscience : penser méningite ou encéphalite (transfert immédiat).
  • À transmettre à l’urgence : heure de début et durée des crises, description (focale, généralisée), retour ou non à l’état de base, glycémie capillaire, benzodiazépine donnée (dose, heure), antiépileptiques habituels et observance, alcool ou drogues, traumatisme, grossesse ou post-partum (éclampsie), fièvre, antécédents.

💊 Premières ordonnances

  • Midazolam intranasal 0,2 mg/kg (max 10 mg) ou buccal, si disponible en clinique, en attendant l'ambulance
  • Benzodiazépine IV ou IM, puis 2e agent : par les paramédics / à l'urgence
  • Glycémie capillaire basse : aviser les paramédics (thiamine puis dextrose IV) ; rien par la bouche
  • Fièvre ou infection du SNC suspectée : transfert immédiat par ambulance (antibiotiques à dose méningée + acyclovir IV sans attendre TDM ni PL ; voir Méningite suspectée)
  • Pas de phénytoïne si crise toxique ou sevrage d'alcool

📞 Appeler / référer si

  • EME réfractaire : soins intensifs, intubation, EEG continu
  • Éclampsie : obstétrique ; 1re crise : neurologie

📨 Référer : CRDS neurologie · CRDS neurochirurgie (priorités A à E) · 🚩 Alertes cliniques : urgence

🔗 Ressources et raisonnement

📞 Consulter CRDS — Neurologie · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe

Définitions et classification

  • EME convulsif : crise ≥ 5 min (t1 de l'ILAE) ou crises répétées sans récupération. Les lésions neuronales deviennent probables après 30 min (t2).
  • EME réfractaire : persiste malgré une benzodiazépine et un 2e agent. Super-réfractaire : persiste ≥ 24 h malgré l'anesthésie.
  • EME non convulsif : altération persistante de l'éveil après la fin des mouvements. Il faut l'évoquer si le patient ne récupère pas dans les 15 à 20 min ; le diagnostic se fait à l'EEG.
  • Crises provoquées (fièvre, cause métabolique, trauma, toxique) ou non provoquées. Crises focales, avec ou sans altération de la conscience, pouvant devenir bilatérales. Crises généralisées : tonico-cloniques, absences, myocloniques, atoniques.
  • Phases d'une crise tonico-clonique : tonique (10–20 s), clonique (30–90 s), puis postcritique (minutes à heures : confusion, céphalée, myalgies, somnolence).

Causes de crises provoquées

Catégorie Causes
Métaboliques Hypoglycémie, hypo- ou hypernatrémie, hypocalcémie, hypomagnésémie, hyperglycémie non cétosique, urémie, hyperthyroïdie, syndrome de déséquilibre de dialyse, porphyrie
Toxiques Sevrage d'alcool ou de benzodiazépines ; cocaïne, amphétamines, ISRS/bupropion, tramadol, ATC, isoniazide (INH), théophylline, lidocaïne
Structurales AVC, hémorragie, tumeur, trauma crânien, infection du SNC (méningite, encéphalite HSV, abcès)
Autres Éclampsie (jusqu'à 6 semaines post-partum), PRES, HTA maligne, sepsis, hypoxie

Crise ou autre événement paroxystique ?

Élément Crise épileptique Syncope Crise non épileptique psychogène
Position et début N'importe laquelle ; début brusque Debout ; prodrome (étourdissement, chaleur, sudation) Souvent devant témoin
Teint Normal ou cyanosé Pâleur, diaphorèse Normal
Durée < 2–5 min < 1 min Souvent prolongée (> 5 min), fluctuante
Mouvements Tonico-cloniques synchrones Quelques myoclonies brèves Asynchrones, yeux fermés, mouvements du bassin
Morsure de langue Latérale, fréquente Rare Rare (pointe)
Phase postcritique Confusion prolongée Récupération rapide Variable

💡 Une syncope maintenue en position debout peut « convulser » (syncope convulsive). Quand il n'y a aucun prodrome, il faut chercher une cause cardiaque : ECG (QT long, Brugada, BAV, pré-excitation) ; urgence (monitorage) si arythmie suspectée.

Évaluation en clinique (en attendant l'ambulance)

  • ABC : 911, position latérale, rien dans la bouche, O₂ et aspiration si disponibles, saturométrie ; protéger la tête.
  • Glycémie capillaire si disponible. Si elle est basse : aviser les paramédics (thiamine puis dextrose IV) ; rien par la bouche si l'état de conscience est altéré.
  • Signes vitaux, température, recherche d'un traumatisme (tête, langue), d'un purpura, d'une raideur de nuque, d'un déficit focal ; grossesse ou post-partum ≤ 6 semaines (éclampsie : TA).
  • Questionner les témoins : heure de début, durée, description, retour à l'état de base, antiépileptiques et observance, alcool, drogues, médicaments abaissant le seuil (bupropion, tramadol).
  • Le bilan sanguin, l'ECG, la TDM cérébrale et l'EEG se font à l'urgence ; transmettre ces informations à l'équipe.
  • Fièvre ou méningisme : transfert immédiat (antibiotiques et acyclovir à l'urgence sans attendre la TDM ni la PL).
  • Pas de retour à l'éveil dans les 15–20 min : penser à un EME non convulsif (EEG urgent à l'urgence).

Doses (adulte)

1re ligne : benzodiazépines

Molécule Dose Remarques
Midazolam intranasal (ou buccal) 0,2 mg/kg IN (max 10 mg, 5 mg par narine) Si disponible en clinique, en attendant l'ambulance (911) ; aussi en préhospitalier, CHSLD, domicile
Diazépam IR 0,5 mg/kg (max 20 mg) Surtout en pédiatrie
Lorazépam IV, midazolam IM, diazépam IV Par les paramédics / à l'urgence Ne pas retarder le transfert

⚠️ On sous-dose souvent les benzodiazépines : une petite dose de 1 à 2 mg de lorazépam est inefficace. Arrêter la crise cause moins de dépression respiratoire que de la laisser se prolonger. Au maximum 2 doses, puis 2e agent.

2e ligne et EME réfractaire : à l'urgence (résumé)

  • Transfert par ambulance dès que la crise dure ≥ 5 min.
  • 2e agent IV dès la 2e dose de benzodiazépine : lévétiracétam, fosphénytoïne ou valproate, d'efficacité équivalente (ESETT, NEJM 2019) ; la fosphénytoïne exige un monitorage cardiaque.
  • ⚠️ Phénytoïne inefficace, voire nuisible, dans les crises toxiques (cocaïne, anesthésiques locaux, théophylline, ATC) et de sevrage d'alcool : benzodiazépines, puis phénobarbital ou propofol.
  • EME réfractaire : intubation, soins intensifs, perfusion (midazolam, propofol, kétamine, pentobarbital) sous EEG continu ; un antiépileptique d'entretien est poursuivi ensuite.

Situations particulières

Situation Traitement spécifique
Hypoglycémie Glycémie capillaire ; urgence (thiamine puis dextrose IV chez l'alcoolique ou le dénutri)
Hyponatrémie symptomatique Urgence (NaCl 3 % IV) ; voir la fiche Hyponatrémie
Hypocalcémie Urgence (calcium IV)
Hypomagnésémie Urgence (magnésium IV)
Éclampsie 911 ; MgSO₄ IV par les paramédics / à l'urgence ; obstétrique
Isoniazide Pyridoxine : 1 g par g d'INH ingéré (5 g empirique)
Sevrage d'alcool Benzodiazépines (voir la fiche Sevrage) ; pas de phénytoïne
Méningite ou encéphalite Transfert immédiat (antibiotiques méningés + acyclovir IV sans délai)

Première crise non provoquée

  • Patient vu en SRV après une 1re crise, même revenu à l'état de base : urgence le jour même pour le bilan (glucose, électrolytes, Ca, Mg, FSC, toxiques, β-hCG, ECG) et la TDM, sauf si cette évaluation a déjà été faite.
  • Ensuite : EEG (rendement maximal dans les 24–48 h), IRM en différé et référence en neurologie (clinique de première crise), si ce n'est pas déjà demandé.
  • Fièvre, méningisme, immunosuppression ou céphalée inexpliquée : urgence immédiate (PL à envisager).
  • Risque de récidive : environ 21 à 45 % en 2 ans, surtout les 2 premières années. Il est plus élevé si l'EEG est épileptiforme, s'il y a une lésion à l'imagerie, une atteinte neurologique antérieure ou une crise nocturne.
  • Traitement immédiat : il réduit d'environ 35 % le risque de récidive à 2 ans, sans changer le pronostic à long terme. La décision se partage avec le patient et la neurologie.
  • Épilepsie : on la diagnostique après 2 crises non provoquées à plus de 24 h d'intervalle, ou après 1 crise avec un risque de récidive ≥ 60 % (EEG ou IRM anormaux).

Choix de l'antiépileptique selon le patient (Desbiens, FMOQ)

Situation Bons choix À éviter ou prudence
Personne âgée Lamotrigine, lévétiracétam Phénytoïne, carbamazépine (interactions, hyponatrémie)
Contraception orale Lévétiracétam, valproate, gabapentine Inducteurs : carbamazépine, phénytoïne, phénobarbital (prudence : oxcarbazépine, topiramate, lamotrigine)
Désir de grossesse Lamotrigine, lévétiracétam (avec prudence) Valproate, topiramate
Hépatopathie Lévétiracétam, gabapentine, lacosamide Valproate
Insuffisance rénale Ajuster lévétiracétam, gabapentine, lacosamide —
Greffe (antirejet) Lévétiracétam, gabapentine, lamotrigine Inducteurs enzymatiques
BAV à l'ECG — Lacosamide
Obésité Topiramate Valproate, gabapentine
Psychose ou dépression — Lévétiracétam (irritabilité, humeur)
Diurétiques — Oxcarbazépine, carbamazépine (hyponatrémie)

Conduite automobile (Québec)

Situation Permis classe 5 (et 6, 8) Permis classes 1 à 4
Crise toxique ou alcoolique 6 mois 12 mois
Crise unique non provoquée, bilan normal 3 mois 12 mois
Épilepsie diagnostiquée 6 mois sans crise 5 ans sans crise (sans médication)
  • Il faut aviser le patient de ne pas conduire et le documenter au dossier. Le médecin peut déclarer à la SAAQ sans enfreindre le secret professionnel.
  • Délais tirés des notes de Dr H. (FMOQ 2020) ; à confirmer dans le règlement en vigueur sur la santé des conducteurs.

Convulsion fébrile (enfant de 6 mois à 5–6 ans)

  • Simple (70–80 %) : généralisée, < 15 min, unique en 24 h, enfant neurologiquement normal. On cherche le foyer de la fièvre seulement. On rassure : pas de séquelle, récidive environ 30 %, risque d'épilepsie d'environ 2 %. Les antipyrétiques ne préviennent pas la récidive.
  • Complexe : focale, > 15 min ou récidive en 24 h. Elle demande un bilan plus large (EEG, imagerie selon le cas).
  • PL si signes méningés. On l'envisage fortement si l'enfant a < 12 mois ou si sa vaccination est incomplète.

Algorithme de l'état de mal convulsif (adulte)

Oui

Non

Oui

Non

Non

Oui : EME réfractaire

Crise ≥ 5 min ou crises répétées
911, ABC, position latérale, O₂ si disponible
Glycémie capillaire

En attendant l'ambulance

Midazolam 0,2 mg/kg IN
(max 10 mg) ou buccal
si disponible en clinique

Paramédics / urgence :
benzodiazépine IV ou IM,
puis 2e agent IV

Crise persiste
après 5 min ?

2e dose de benzodiazépine
+ préparer le 2e agent

Chercher la cause
2e agent si pas de cause
réversible ou risque de récidive

2e agent (10 min) :
lévétiracétam 60 mg/kg max 4,5 g
OU fosphénytoïne 20 mg EP/kg max 1,5 g
OU valproate 40 mg/kg max 3 g

Crise persiste
10-20 min ?

Surveillance de l'éveil
EEG si pas de retour
à l'état de base en 15-20 min

Intubation, soins intensifs
Midazolam ou propofol en perfusion
EEG continu

Persistance : kétamine,
pentobarbital, autre 2e agent

Suivi

  • Après l'évaluation à l'urgence d'une 1re crise (TDM et bilan normaux, retour à l'état de base) : s'assurer que l'EEG, l'IRM et la référence en neurologie (clinique de première crise) sont demandés ; aviser de ne pas conduire.
  • Patient épileptique connu, crise habituelle, revenu à l'état de base, sans trauma ni fièvre : peut être pris en charge en SRV. Vérifier l'observance et les niveaux sériques ; chercher un déclencheur (privation de sommeil, alcool, infection, interaction médicamenteuse) ; aviser son neurologue. Crise différente, prolongée ou répétée : urgence.
  • Enseignement :
    • Conduite, baignade et travail en hauteur.
    • Conduite à tenir par l'entourage : position latérale, ne rien mettre dans la bouche, 911 si la crise dure > 5 min.
    • Prescrire du midazolam intranasal ou buccal de secours si les crises se prolongent.

Pièges et perles

  • Un patient qui ne se réveille pas fait un EME non convulsif jusqu'à preuve du contraire : il faut un EEG.
  • Paralysie de Todd : un déficit focal postcritique doit régresser en 24–48 h. Sinon, chercher un AVC ou une lésion.
  • Une CK élevée, une acidose lactique transitoire et une prolactine élevée (dans les 20 min) appuient une crise tonico-clonique ; elles ne l'excluent pas si elles sont normales.
  • Le lévétiracétam peut causer irritabilité et dépression ; la phénytoïne a une cinétique non linéaire (petite hausse de dose, grande hausse de niveau).
  • En pédiatrie (TREKK, CHU Sainte-Justine) : 911 ; midazolam IN 0,2 mg/kg (max 10 mg) si disponible en clinique. Les autres traitements (lorazépam IV, midazolam IM, phénobarbital, préféré avant 6 mois) se donnent par les paramédics / à l'urgence.

Références