En bref : Une crise tonico-clonique qui dure ≥ 5 min, ou deux crises sans retour à l'état de base, est un état de mal épileptique (EME) : 911 sans attendre. En clinique : position latérale, O₂ si disponible, glycémie capillaire et, si disponible, midazolam intranasal ou buccal en attendant l'ambulance. Par les paramédics / à l'urgence : benzodiazépine à pleine dose, puis 2e agent (lévétiracétam, fosphénytoïne/phénytoïne ou valproate), puis intubation si la crise persiste. On cherche une cause réversible : glucose, Na, Ca, Mg, toxique, sevrage, infection du SNC, éclampsie.
📌 Fiche d’origine hospitalière, gardée pour le sujet prioritaire du CMFC « Convulsions ». Au sans rendez-vous : reconnaître, amorcer le traitement et diriger ; les sections propres à l’hôpital ont été retirées.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d'alarme
- Crise ≥ 5 min ou crises répétées sans récupération = EME
- Pas de retour à l'éveil en 15–20 min : EME non convulsif jusqu'à preuve du contraire
- Fièvre, méningisme, déficit focal, trauma, anticoagulation, éclampsie (≤ 6 sem post-partum)
✅ À faire maintenant
- 911 ; ABC, position latérale, rien dans la bouche, O₂ si disponible ; noter l’heure de début et la durée.
- Glycémie capillaire si disponible, en attendant l’ambulance.
- Fièvre, céphalée, raideur de nuque, purpura ou altération persistante de l’état de conscience : penser méningite ou encéphalite (transfert immédiat).
- À transmettre à l’urgence : heure de début et durée des crises, description (focale, généralisée), retour ou non à l’état de base, glycémie capillaire, benzodiazépine donnée (dose, heure), antiépileptiques habituels et observance, alcool ou drogues, traumatisme, grossesse ou post-partum (éclampsie), fièvre, antécédents.
💊 Premières ordonnances
- Midazolam intranasal 0,2 mg/kg (max 10 mg) ou buccal, si disponible en clinique, en attendant l'ambulance
- Benzodiazépine IV ou IM, puis 2e agent : par les paramédics / à l'urgence
- Glycémie capillaire basse : aviser les paramédics (thiamine puis dextrose IV) ; rien par la bouche
- Fièvre ou infection du SNC suspectée : transfert immédiat par ambulance (antibiotiques à dose méningée + acyclovir IV sans attendre TDM ni PL ; voir Méningite suspectée)
- Pas de phénytoïne si crise toxique ou sevrage d'alcool
📞 Appeler / référer si
- EME réfractaire : soins intensifs, intubation, EEG continu
- Éclampsie : obstétrique ; 1re crise : neurologie
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Définitions et classification
- EME convulsif : crise ≥ 5 min (t1 de l'ILAE) ou crises répétées sans récupération. Les lésions neuronales deviennent probables après 30 min (t2).
- EME réfractaire : persiste malgré une benzodiazépine et un 2e agent. Super-réfractaire : persiste ≥ 24 h malgré l'anesthésie.
- EME non convulsif : altération persistante de l'éveil après la fin des mouvements. Il faut l'évoquer si le patient ne récupère pas dans les 15 à 20 min ; le diagnostic se fait à l'EEG.
- Crises provoquées (fièvre, cause métabolique, trauma, toxique) ou non provoquées. Crises focales, avec ou sans altération de la conscience, pouvant devenir bilatérales. Crises généralisées : tonico-cloniques, absences, myocloniques, atoniques.
- Phases d'une crise tonico-clonique : tonique (10–20 s), clonique (30–90 s), puis postcritique (minutes à heures : confusion, céphalée, myalgies, somnolence).
Causes de crises provoquées
| Catégorie | Causes |
|---|---|
| Métaboliques | Hypoglycémie, hypo- ou hypernatrémie, hypocalcémie, hypomagnésémie, hyperglycémie non cétosique, urémie, hyperthyroïdie, syndrome de déséquilibre de dialyse, porphyrie |
| Toxiques | Sevrage d'alcool ou de benzodiazépines ; cocaïne, amphétamines, ISRS/bupropion, tramadol, ATC, isoniazide (INH), théophylline, lidocaïne |
| Structurales | AVC, hémorragie, tumeur, trauma crânien, infection du SNC (méningite, encéphalite HSV, abcès) |
| Autres | Éclampsie (jusqu'à 6 semaines post-partum), PRES, HTA maligne, sepsis, hypoxie |
Crise ou autre événement paroxystique ?
| Élément | Crise épileptique | Syncope | Crise non épileptique psychogène |
|---|---|---|---|
| Position et début | N'importe laquelle ; début brusque | Debout ; prodrome (étourdissement, chaleur, sudation) | Souvent devant témoin |
| Teint | Normal ou cyanosé | Pâleur, diaphorèse | Normal |
| Durée | < 2–5 min | < 1 min | Souvent prolongée (> 5 min), fluctuante |
| Mouvements | Tonico-cloniques synchrones | Quelques myoclonies brèves | Asynchrones, yeux fermés, mouvements du bassin |
| Morsure de langue | Latérale, fréquente | Rare | Rare (pointe) |
| Phase postcritique | Confusion prolongée | Récupération rapide | Variable |
💡 Une syncope maintenue en position debout peut « convulser » (syncope convulsive). Quand il n'y a aucun prodrome, il faut chercher une cause cardiaque : ECG (QT long, Brugada, BAV, pré-excitation) ; urgence (monitorage) si arythmie suspectée.
Évaluation en clinique (en attendant l'ambulance)
- ABC : 911, position latérale, rien dans la bouche, O₂ et aspiration si disponibles, saturométrie ; protéger la tête.
- Glycémie capillaire si disponible. Si elle est basse : aviser les paramédics (thiamine puis dextrose IV) ; rien par la bouche si l'état de conscience est altéré.
- Signes vitaux, température, recherche d'un traumatisme (tête, langue), d'un purpura, d'une raideur de nuque, d'un déficit focal ; grossesse ou post-partum ≤ 6 semaines (éclampsie : TA).
- Questionner les témoins : heure de début, durée, description, retour à l'état de base, antiépileptiques et observance, alcool, drogues, médicaments abaissant le seuil (bupropion, tramadol).
- Le bilan sanguin, l'ECG, la TDM cérébrale et l'EEG se font à l'urgence ; transmettre ces informations à l'équipe.
- Fièvre ou méningisme : transfert immédiat (antibiotiques et acyclovir à l'urgence sans attendre la TDM ni la PL).
- Pas de retour à l'éveil dans les 15–20 min : penser à un EME non convulsif (EEG urgent à l'urgence).
Doses (adulte)
1re ligne : benzodiazépines
| Molécule | Dose | Remarques |
|---|---|---|
| Midazolam intranasal (ou buccal) | 0,2 mg/kg IN (max 10 mg, 5 mg par narine) | Si disponible en clinique, en attendant l'ambulance (911) ; aussi en préhospitalier, CHSLD, domicile |
| Diazépam IR | 0,5 mg/kg (max 20 mg) | Surtout en pédiatrie |
| Lorazépam IV, midazolam IM, diazépam IV | Par les paramédics / à l'urgence | Ne pas retarder le transfert |
⚠️ On sous-dose souvent les benzodiazépines : une petite dose de 1 à 2 mg de lorazépam est inefficace. Arrêter la crise cause moins de dépression respiratoire que de la laisser se prolonger. Au maximum 2 doses, puis 2e agent.
2e ligne et EME réfractaire : à l'urgence (résumé)
- Transfert par ambulance dès que la crise dure ≥ 5 min.
- 2e agent IV dès la 2e dose de benzodiazépine : lévétiracétam, fosphénytoïne ou valproate, d'efficacité équivalente (ESETT, NEJM 2019) ; la fosphénytoïne exige un monitorage cardiaque.
- ⚠️ Phénytoïne inefficace, voire nuisible, dans les crises toxiques (cocaïne, anesthésiques locaux, théophylline, ATC) et de sevrage d'alcool : benzodiazépines, puis phénobarbital ou propofol.
- EME réfractaire : intubation, soins intensifs, perfusion (midazolam, propofol, kétamine, pentobarbital) sous EEG continu ; un antiépileptique d'entretien est poursuivi ensuite.
Situations particulières
| Situation | Traitement spécifique |
|---|---|
| Hypoglycémie | Glycémie capillaire ; urgence (thiamine puis dextrose IV chez l'alcoolique ou le dénutri) |
| Hyponatrémie symptomatique | Urgence (NaCl 3 % IV) ; voir la fiche Hyponatrémie |
| Hypocalcémie | Urgence (calcium IV) |
| Hypomagnésémie | Urgence (magnésium IV) |
| Éclampsie | 911 ; MgSO₄ IV par les paramédics / à l'urgence ; obstétrique |
| Isoniazide | Pyridoxine : 1 g par g d'INH ingéré (5 g empirique) |
| Sevrage d'alcool | Benzodiazépines (voir la fiche Sevrage) ; pas de phénytoïne |
| Méningite ou encéphalite | Transfert immédiat (antibiotiques méningés + acyclovir IV sans délai) |
Première crise non provoquée
- Patient vu en SRV après une 1re crise, même revenu à l'état de base : urgence le jour même pour le bilan (glucose, électrolytes, Ca, Mg, FSC, toxiques, β-hCG, ECG) et la TDM, sauf si cette évaluation a déjà été faite.
- Ensuite : EEG (rendement maximal dans les 24–48 h), IRM en différé et référence en neurologie (clinique de première crise), si ce n'est pas déjà demandé.
- Fièvre, méningisme, immunosuppression ou céphalée inexpliquée : urgence immédiate (PL à envisager).
- Risque de récidive : environ 21 à 45 % en 2 ans, surtout les 2 premières années. Il est plus élevé si l'EEG est épileptiforme, s'il y a une lésion à l'imagerie, une atteinte neurologique antérieure ou une crise nocturne.
- Traitement immédiat : il réduit d'environ 35 % le risque de récidive à 2 ans, sans changer le pronostic à long terme. La décision se partage avec le patient et la neurologie.
- Épilepsie : on la diagnostique après 2 crises non provoquées à plus de 24 h d'intervalle, ou après 1 crise avec un risque de récidive ≥ 60 % (EEG ou IRM anormaux).
Choix de l'antiépileptique selon le patient (Desbiens, FMOQ)
| Situation | Bons choix | À éviter ou prudence |
|---|---|---|
| Personne âgée | Lamotrigine, lévétiracétam | Phénytoïne, carbamazépine (interactions, hyponatrémie) |
| Contraception orale | Lévétiracétam, valproate, gabapentine | Inducteurs : carbamazépine, phénytoïne, phénobarbital (prudence : oxcarbazépine, topiramate, lamotrigine) |
| Désir de grossesse | Lamotrigine, lévétiracétam (avec prudence) | Valproate, topiramate |
| Hépatopathie | Lévétiracétam, gabapentine, lacosamide | Valproate |
| Insuffisance rénale | Ajuster lévétiracétam, gabapentine, lacosamide | — |
| Greffe (antirejet) | Lévétiracétam, gabapentine, lamotrigine | Inducteurs enzymatiques |
| BAV à l'ECG | — | Lacosamide |
| Obésité | Topiramate | Valproate, gabapentine |
| Psychose ou dépression | — | Lévétiracétam (irritabilité, humeur) |
| Diurétiques | — | Oxcarbazépine, carbamazépine (hyponatrémie) |
Conduite automobile (Québec)
| Situation | Permis classe 5 (et 6, 8) | Permis classes 1 à 4 |
|---|---|---|
| Crise toxique ou alcoolique | 6 mois | 12 mois |
| Crise unique non provoquée, bilan normal | 3 mois | 12 mois |
| Épilepsie diagnostiquée | 6 mois sans crise | 5 ans sans crise (sans médication) |
- Il faut aviser le patient de ne pas conduire et le documenter au dossier. Le médecin peut déclarer à la SAAQ sans enfreindre le secret professionnel.
- Délais tirés des notes de Dr H. (FMOQ 2020) ; à confirmer dans le règlement en vigueur sur la santé des conducteurs.
Convulsion fébrile (enfant de 6 mois à 5–6 ans)
- Simple (70–80 %) : généralisée, < 15 min, unique en 24 h, enfant neurologiquement normal. On cherche le foyer de la fièvre seulement. On rassure : pas de séquelle, récidive environ 30 %, risque d'épilepsie d'environ 2 %. Les antipyrétiques ne préviennent pas la récidive.
- Complexe : focale, > 15 min ou récidive en 24 h. Elle demande un bilan plus large (EEG, imagerie selon le cas).
- PL si signes méningés. On l'envisage fortement si l'enfant a < 12 mois ou si sa vaccination est incomplète.
Algorithme de l'état de mal convulsif (adulte)
Suivi
- Après l'évaluation à l'urgence d'une 1re crise (TDM et bilan normaux, retour à l'état de base) : s'assurer que l'EEG, l'IRM et la référence en neurologie (clinique de première crise) sont demandés ; aviser de ne pas conduire.
- Patient épileptique connu, crise habituelle, revenu à l'état de base, sans trauma ni fièvre : peut être pris en charge en SRV. Vérifier l'observance et les niveaux sériques ; chercher un déclencheur (privation de sommeil, alcool, infection, interaction médicamenteuse) ; aviser son neurologue. Crise différente, prolongée ou répétée : urgence.
- Enseignement :
- Conduite, baignade et travail en hauteur.
- Conduite à tenir par l'entourage : position latérale, ne rien mettre dans la bouche, 911 si la crise dure > 5 min.
- Prescrire du midazolam intranasal ou buccal de secours si les crises se prolongent.
Pièges et perles
- Un patient qui ne se réveille pas fait un EME non convulsif jusqu'à preuve du contraire : il faut un EEG.
- Paralysie de Todd : un déficit focal postcritique doit régresser en 24–48 h. Sinon, chercher un AVC ou une lésion.
- Une CK élevée, une acidose lactique transitoire et une prolactine élevée (dans les 20 min) appuient une crise tonico-clonique ; elles ne l'excluent pas si elles sont normales.
- Le lévétiracétam peut causer irritabilité et dépression ; la phénytoïne a une cinétique non linéaire (petite hausse de dose, grande hausse de niveau).
- En pédiatrie (TREKK, CHU Sainte-Justine) : 911 ; midazolam IN 0,2 mg/kg (max 10 mg) si disponible en clinique. Les autres traitements (lorazépam IV, midazolam IM, phénobarbital, préféré avant 6 mois) se donnent par les paramédics / à l'urgence.
Références
- Trial of Three Anticonvulsant Drugs in Status Epilepticus — ESETT (NEJM, 2019) — résumé
- ESETT (WikiJournalClub)
- Assessment of benzodiazepine dosing strategies for status epilepticus (Am J Emerg Med, 2021)
- Pediatric status epilepticus — key advances (ABEM)
- Règlements de conduite : première crise et épilepsie (PubMed, 2019)
- L'épilepsie — R. Desbiens (Le Médecin du Québec)
- Notes personnelles de Dr H. (Apple Notes) : algorithmes UpToDate, Toronto Notes, CHU Sainte-Justine et TREKK, IBCC (guide des antiépileptiques), FMOQ 2020 (Desbiens), tableaux crise ou syncope et convulsion fébrile.
- Guide d'utilisation des antibiotiques de l'Hôpital Charles-Le Moyne, 7e éd., CISSS de la Montérégie-Centre, mai 2023 : méningite de l'adulte (ceftriaxone, ampicilline, vancomycine selon le nomogramme).