Dr H. SRV

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Nausées et vomissements

Gastro-entérologie et hépatologieFiche révisée · 15 oct. 2026

💊 Doses / traitement✉️ Signaler une erreur

En bref : Avant de prescrire un antiémétique, il faut exclure les causes graves : occlusion, HTIC, SCA, acidocétose, grossesse, hypercalcémie, insuffisance surrénalienne et toxicité médicamenteuse (digoxine, lithium, opioïdes). On choisit ensuite l'antiémétique selon le mécanisme (récepteur en cause). Attention au QT (ondansétron, halopéridol, dompéridone) et aux effets extrapyramidaux (métoclopramide, prochlorpérazine), surtout chez la personne âgée et dans la maladie de Parkinson.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Distension, absence de gaz, vomissements fécaloïdes, péritonisme : occlusion.
  • Céphalée avec signes neurologiques ou œdème papillaire : HTIC.
  • Douleur thoracique (SCA inférieur), acidocétose, hématémèse.
  • Grossesse, hypercalcémie, insuffisance surrénalienne, toxicité (digoxine, lithium).

✅ À faire maintenant

  • Volémie ; revoir les médicaments (opioïdes, GLP-1, digoxine), cannabis.
  • Électrolytes (hypoK, alcalose), créatinine, glucose, Ca, lipase, bilan hépatique, β-hCG.
  • ECG d'emblée (SCA, QT de base) ; digoxine ou lithium selon le cas.
  • Imagerie abdominale si occlusion ; TDM cérébrale si signes neuro.

💊 Premières ordonnances

  • 🚑 Urgence plutôt que SRV si : FC ≥ 110, TAS ≤ 90, FR ≥ 25, T ≥ 38,3 °C avec atteinte de l'état général, SpO₂ ≤ 92 %, altération de l'état de conscience, signe d'alarme ci-dessus, déshydratation modérée à sévère ou incapacité de boire, vomissements incoercibles ou prise PO impossible, hypoK ou alcalose importante (traitement IV ou parentéral, investigation en moins de 24 h).
  • Sinon : réhydratation orale (SRO, petites gorgées fréquentes), après un antiémétique au besoin.
  • Ondansétron 4–8 mg PO ou ODT q8h (QT).
  • Métoclopramide 10 mg PO jusqu'à tid, max 5 j (pas si occlusion complète ni Parkinson).
  • Halopéridol 0,5–1 mg PO q4h PRN (nausées sous opioïdes, soins palliatifs).
  • Dimenhydrinate 25–50 mg PO q4–6h, max 400 mg/j (vestibulaire ; délirium chez l'âgé).
  • Dexaméthasone 4–8 mg PO die si HTIC (HTIC nouvelle ou soupçonnée : urgence) ; grossesse : doxylamine-pyridoxine 10/10 mg 2 co PO HS, jusqu'à 4 co/j.
  • Échec : ajouter une 2e classe.

📞 Appeler / référer si

  • Chirurgie : occlusion, péritonisme.
  • Neurochirurgie ou neurologie : HTIC, AVC du tronc ou du cervelet.
  • Cardiologie si SCA ; patron si déshydratation sévère ou vomissements incoercibles.

📨 Référer : CRDS gastroentérologie · CRDS chirurgie générale (priorités A à E) · 🚩 Alertes cliniques : urgence

🔗 Ressources et raisonnement

Physiopathologie : les voies et leurs récepteurs

Voie Déclencheurs Récepteurs Antiémétique logique
Zone gâchette chémoréceptrice (area postrema) Médicaments (opioïdes, chimiothérapie, digoxine), urémie, hyperCa, toxines D2, 5-HT3, NK1 Halopéridol, métoclopramide, ondansétron, aprépitant
Tube digestif (afférences vagales) Gastroentérite, gastroparésie, occlusion, chimio, radiothérapie 5-HT3, D2 Ondansétron, métoclopramide (sauf occlusion)
Appareil vestibulaire Cinétose, vertige, Ménière H1, ACh muscarinique Dimenhydrinate, scopolamine
Cortex / SNC Anxiété, douleur, HTIC, anticipation Divers, GABA Benzodiazépine (anticipation), dexaméthasone (HTIC)
Autres afférences Voies biliaires, coronaires (SCA) — Traiter la cause

Évaluation initiale

  • Anamnèse :
    • Durée (aiguë < 1 semaine ou chronique > 4 semaines), relation avec les repas (immédiat : psychogène ou ulcère pylorique ; tardif > 1 h : gastroparésie ou obstruction).
    • Contenu : aliments non digérés, bile, fécaloïde (occlusion basse), sang.
    • Douleur, céphalée, vertige, médicaments, cannabis, alcool, DDM.
  • Signes d'alarme : distension abdominale, absence de gaz, péritonisme, céphalée avec signes neurologiques ou œdème papillaire, douleur thoracique, déshydratation importante, perte de poids, hématémèse.
  • Bilan selon le contexte :
    • Électrolytes (hypoK, alcalose métabolique hypochlorémique), créatinine, glucose, Ca, lipase, bilan hépatique, β-hCG.
    • ECG (SCA, QT de base avant ondansétron/halopéridol), niveaux de digoxine ou de lithium.
    • Imagerie abdominale si occlusion soupçonnée ; TDM cérébrale si signes neurologiques.

Diagnostic différentiel

Catégorie Causes
Médicaments et toxiques Opioïdes, chimiothérapie, AINS, digoxine, antiarythmiques, antibiotiques (érythromycine), metformine, agonistes du GLP-1, théophylline, lithium, antiparkinsoniens, alcool, cannabis
Infections Gastroentérite, hépatite, méningite, otite, pyélonéphrite, sepsis
Digestif et péritoine Occlusion (grêle, sténose pylorique), gastroparésie, pseudo-obstruction, ulcère, pancréatite, cholécystite, ischémie mésentérique, néoplasie
SNC Migraine, HTIC (tumeur, hémorragie, abcès), méningite, convulsions, AVC du tronc ou du cervelet
Vestibulaire Cinétose, labyrinthite, Ménière
Endocrinien et métabolique Grossesse, acidocétose, urémie, hyperCa, hyperthyroïdie, insuffisance surrénalienne, porphyrie
Autres SCA (inférieur), insuffisance cardiaque, vomissements cycliques, psychogène, troubles alimentaires, postopératoire, radiothérapie

📋 Algorithme de l’Estrie — Nausées et vomissements (2013)

  • Causes à chercher : alcool, cannabis (hyperémèse), médicaments émétisants, douleur abdominale, céphalée ou signe neurologique, trouble psychiatrique, grossesse.
  • Bilan des vomissements persistants : FSC, bilan hépatique, glycémie, créatinine et urée, électrolytes, calcium, gaz veineux, lipase, albumine, β-hCG ; radiographie abdominale (± échographie) ; H. pylori (sérologie ou test respiratoire) et traitement si positif.
  • Alarme : masse, distension, déshydratation, perte de poids, distension gastrique ou intestinale à la radiographie, brûlures persistantes après 4 semaines d’IPP. Neurologie si œdème papillaire ou déficit.

Résumé dans nos mots. Source : CIUSSS de l’Estrie-CHUS, « Nausées et vomissements », 2013. Algorithme ancien : en cas d’écart, les recommandations plus récentes de cette fiche priment. Les corridors de référence sont ceux de l’Estrie : utiliser ceux de son milieu.

Choix selon la situation clinique

Situation 1er choix Alternative / remarque
Gastroentérite Ondansétron PO ou ODT Métoclopramide ; réhydratation orale d'abord
Postopératoire (traitement) Ondansétron, dexaméthasone, dropéridol Ne pas répéter la classe déjà reçue en prévention
Migraine Métoclopramide ou prochlorpérazine PO (traitent aussi la céphalée) + diphenhydramine pour prévenir l'akathisie
Vestibulaire Dimenhydrinate, scopolamine timbre Méclizine
Gastroparésie Métoclopramide (≤ 5 j de suite si possible), dompéridone Érythromycine (courte durée, tachyphylaxie)
Opioïdes Halopéridol faible dose, métoclopramide Rotation d'opioïde
Soins palliatifs, cause métabolique Halopéridol 0,5–1 mg PO q4h PRN Méthotrimeprazine, olanzapine
HTIC, métastases cérébrales Dexaméthasone + traitement de la cause
Occlusion maligne Halopéridol, dexaméthasone, octréotide Éviter le métoclopramide si occlusion complète
Syndrome d'hyperémèse cannabinoïde Arrêt du cannabis ; halopéridol, capsaïcine topique Les antiémétiques usuels sont souvent inefficaces ; douches chaudes
Grossesse Doxylamine-pyridoxine (Diclectin) Dimenhydrinate, métoclopramide ; ondansétron en 2e ligne
Parkinson Dompéridone ou ondansétron Éviter métoclopramide, halopéridol, prochlorpérazine

⚠️ Mis à jour (pratique canadienne) : dans les nausées de grossesse, la doxylamine-pyridoxine est le 1er choix au Canada. La prométhazine, citée en 1re intention dans l'ancien tableau américain de Dr H. (AAFP, 2004), est peu utilisée ici.

Doses usuelles chez l'adulte

Molécule Dose Voie Remarques
Ondansétron 4–8 mg q8h PO, ODT QT ; constipation, céphalée
Métoclopramide 10 mg jusqu'à tid (max 30 mg/j ou 0,5 mg/kg/j) PO Max 5 jours ; dystonie, akathisie, dyskinésie tardive ; réduire si IR
Prochlorpérazine 5–10 mg q6–8h PO ; 10 mg IR Extrapyramidal, sédation
Halopéridol 0,5–1 mg q4h PRN (max ≈ 4 mg/j en palliatif) PO QT, extrapyramidal ; contre-indiqué dans le Parkinson
Dimenhydrinate 25–50 mg q4–6h (max 400 mg/j) PO, IR Anticholinergique : délirium chez la personne âgée
Dompéridone 10 mg tid (max 30 mg/j) PO QT, arythmies ; éviter > 60 ans ou avec inhibiteurs du CYP3A4
Dexaméthasone 4–8 mg die PO Chimiothérapie, HTIC, postopératoire ; hyperglycémie
Olanzapine 2,5–5 mg HS (5–10 mg en chimiothérapie) PO, sublinguale Sédation ; utile en réfractaire ou palliatif
Scopolamine 1,5 mg timbre q72h Transdermique Cinétose ; anticholinergique
Lorazépam 0,5–1 mg q6–8h PRN PO, SL Nausées d'anticipation
Aprépitant 125 mg J1 puis 80 mg J2–J3 PO Chimiothérapie hautement émétisante, avec 5-HT3 + dexaméthasone

⚠️ Mis à jour (EMA 2013, repris par Santé Canada) : le métoclopramide est limité à 10 mg jusqu'à 3 fois par jour, sur 5 jours au maximum, en raison du risque neurologique (dyskinésie tardive).

Oui

Non

Médicaments, métabolique

Digestif, gastroentérite

Vestibulaire

HTIC

Nausées / vomissements

Signes d'alarme ?
distension, péritonisme, céphalée et
signes neuro, douleur thoracique

Investiguer en urgence
occlusion, HTIC, SCA,
acidocétose, pancréatite

Bilan ciblé : lytes, glucose,
Ca, créat, β-hCG, ECG,
revue des médicaments

Cause identifiée ?
traiter la cause, cesser
le médicament en cause

Choisir selon le mécanisme

Antagoniste D2
halopéridol, métoclopramide

Ondansétron
ou métoclopramide

Dimenhydrinate
scopolamine

Dexaméthasone

Échec : ajouter une 2e classe
plutôt qu'augmenter la même

Suivi

  • Réhydratation orale ; électrolytes (K, Mg) au besoin. Déshydratation importante ou K, Mg très anormaux : urgence.
  • Revoir en 24–48 h si les symptômes persistent ; ECG si plusieurs agents qui prolongent le QT.
  • Conseils au patient : antiémétique PRN de courte durée, conseils diététiques (petits repas fréquents, éviter les odeurs fortes) ; reconsulter, ou se présenter à l'urgence, en cas de vomissements persistants, de sang, de douleur ou de signes de déshydratation.

Pièges et perles

  • L'alcalose métabolique hypochlorémique avec hypoK est la signature des vomissements prolongés : si elle est importante, urgence (NaCl 0,9 % + KCl IV) ; légère : réhydratation orale et contrôle de la kaliémie.
  • Les nausées d'un infarctus inférieur et de l'acidocétose sont fréquemment manquées : ECG et glucose d'emblée.
  • Agonistes du GLP-1 (sémaglutide) : cause fréquente de nausées et de gastroparésie, à considérer aussi avant une anesthésie.
  • En cas d'échec, combiner des classes différentes (D2 + 5-HT3 + corticoïde) plutôt que d'augmenter une seule molécule.
  • Akathisie sous métoclopramide ou prochlorpérazine : diphenhydramine 25–50 mg PO, ou benzodiazépine PO ; réaction sévère : urgence.

Références