Dr H. SRV

Fiches › Neurologie

Parkinson et troubles du mouvement

Neurologie⚠︎ Points à vérifier

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En bref : La maladie de Parkinson est un diagnostic clinique : bradykinésie + tremblement de repos et/ou rigidité, avec une bonne réponse à la lévodopa. À l'hôpital, trois règles : donner la lévodopa à l'heure (médicament à heure critique, même à jeun), ne jamais donner d'halopéridol, de métoclopramide ni de prochlorpérazine, et rechercher les symptômes non moteurs (HTO, constipation, psychose, délirium, dysphagie). Le tremblement le plus fréquent est le tremblement essentiel.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Arrêt brusque de la lévodopa : syndrome d'hyperpyrexie-parkinsonisme (rigidité, fièvre, CK élevée, dysautonomie).
  • Délirium : doses de lévodopa manquées, halopéridol ou métoclopramide donnés la nuit.
  • Chutes, pneumonie d'aspiration, rétention urinaire, HTO.
  • Corps de Lewy : sensibilité aux neuroleptiques potentiellement fatale.

✅ À faire maintenant

  • Lévodopa à l'heure exacte du domicile (dans les 30 min), même à jeun.

  • Évaluer la déglutition ; TA couchée-debout ; constipation, rétention.
  • Délirium : chercher infection, rétention, constipation, opioïdes, anticholinergiques.
  • Tremblement : TSH, glucose, électrolytes, bilan hépatique, revue des médicaments.

💊 Premières ordonnances

  • À jeun : lévodopa-carbidopa à libération immédiate écrasée par TNG ; aucune voie entérale : rotigotine (avis neurologie et pharmacie).

  • Antiémétiques : dompéridone 10 mg PO tid (max 30 mg/j) ou ondansétron 4 mg.
  • Psychose : quétiapine 12,5–25 mg HS.
  • Contre-indiqués : halopéridol, rispéridone, olanzapine, métoclopramide, prochlorpérazine, prométhazine.
  • HTO : midodrine 2,5 mg tid → 10 mg tid ; constipation : PEG 3350 17 g die–tid.
  • Dystonie aiguë : diphenhydramine 25–50 mg PO ou benztropine 1–2 mg PO ; atteinte laryngée (stridor) ou prise PO impossible → urgence.

📞 Appeler / référer si

  • Neurologie : pas de voie entérale, psychose réfractaire (clozapine), parkinsonisme atypique.

  • Physiothérapie, ergothérapie, orthophonie (déglutition) ; SAAQ si inaptitude à conduire.

📨 Référer : CRDS neurologie · CRDS neurochirurgie (priorités A à E) · 🚩 Alertes cliniques : urgence

🔗 Ressources et raisonnement

📞 Consulter CRDS — Neurologie · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe

Approche du tremblement

Type Caractéristiques Causes principales
De repos Membre soutenu, asymétrique, « émiettement », diminue à l'action, augmente au calcul mental ; peut toucher la mâchoire Maladie de Parkinson, parkinsonisme médicamenteux
Postural / d'action Bras tendus, verre d'eau, écriture ; bilatéral et symétrique ; tête ou voix ; histoire familiale ; s'améliore avec l'alcool Tremblement essentiel, physiologique exagéré
Intentionnel Augmente à l'approche de la cible (doigt-nez), dysmétrie, nystagmus, ataxie Cervelet : AVC, SEP, alcool, lithium, phénytoïne
Rubral (Holmes) Repos + posture + action, lent, proximal Lésion du mésencéphale (AVC, SEP)
Fonctionnel Variable, distractible, s'entraîne au rythme d'un tapotement controlatéral Trouble neurologique fonctionnel
  • Causes métaboliques et toxiques : hyperthyroïdie, hypoglycémie, encéphalopathie (astérixis), sevrage d'alcool ou de benzodiazépines, caféine. Maladie de Wilson si < 40 ans (céruloplasmine).
  • Médicaments : lithium, valproate, β-agonistes, théophylline, lévothyroxine, ISRS, tricycliques, amiodarone, tacrolimus/cyclosporine, stimulants ; antipsychotiques et métoclopramide (parkinsonisme).
  • Bilan minimal : TSH, glucose, électrolytes, bilan hépatique, revue des médicaments (taux de lithium). Imagerie seulement si signes atypiques.

Au repos, membre soutenu

Oui

Non

Posture maintenue ou action

Augmente à l'approche de la cible

Variable, distractible,
entraînement par tapotement

Tremblement
Revoir médicaments, caféine, alcool,
TSH, glucose ; Wilson si < 40 ans

Quand survient-il ?

Repos : asymétrique, émiettement,
diminue au mouvement

Bradykinésie + rigidité ?

Parkinsonisme
Maladie de Parkinson ou
parkinsonisme médicamenteux

Suivi ; neurologie
si progression

Postural ou cinétique,
bilatéral, symétrique, tête ou voix,
histoire familiale, mieux avec alcool

Tremblement essentiel
ou physiologique exagéré
(hyperthyroïdie, médicaments, sevrage)

Intentionnel :
dysmétrie, nystagmus, ataxie

Atteinte cérébelleuse :
AVC, SEP, alcool, lithium
→ imagerie IRM

Trouble neurologique
fonctionnel

  • Tremblement essentiel : propranolol 10–20 mg PO bid–tid, titré jusqu'à 120–240 mg/j, ou primidone 12,5–25 mg HS, titrée lentement jusqu'à 250 mg/j (sédation, vertige au début). Éviter la caféine. Dans les cas réfractaires : neurologie (topiramate, gabapentine, stimulation cérébrale profonde, ultrasons focalisés).

Maladie de Parkinson : diagnostic

  • TRAP (perle de Dr H.) : Tremblement, Rigidité (en roue dentée, renforcée par un mouvement controlatéral), Akinésie/bradykinésie (obligatoire), instabilité Posturale (tardive).
  • Autres signes : faciès figé, micrographie, hypophonie, diminution du ballant d'un bras, marche à petits pas, freezing.
  • Phase prodromique (jusqu'à 10–20 ans avant) : anosmie, constipation, trouble comportemental en sommeil paradoxal, dépression, dysfonction érectile.
Signaux d'alarme d'un parkinsonisme atypique Penser à
Chutes précoces (< 3 ans), paralysie du regard vertical Paralysie supranucléaire progressive
Dysautonomie sévère précoce (HTO, rétention urinaire), signes cérébelleux Atrophie multisystématisée
Démence précoce (≤ 1 an après les signes moteurs), hallucinations, fluctuations Démence à corps de Lewy
Apraxie, atteinte asymétrique, phénomène de « main étrangère » Dégénérescence corticobasale
Symétrique, prise d'antipsychotique ou de métoclopramide Parkinsonisme médicamenteux
Marche magnétique, incontinence, troubles cognitifs Hydrocéphalie à pression normale
Peu ou pas de réponse à la lévodopa Parkinsonisme atypique ou vasculaire

Traitement des symptômes moteurs (Lignes directrices canadiennes 2019)

Classe Molécule et dose Remarques
Lévodopa-carbidopa (1er choix chez la plupart des patients) 100/25 mg : ½ co PO tid, puis augmenter d'½ co par semaine jusqu'à 1 co tid (300 mg/j de lévodopa) ; ajuster selon la réponse Le plus efficace. Nausées : prendre avec une collation. Les protéines nuisent à l'absorption. Fluctuations et dyskinésies à long terme
Agonistes dopaminergiques : pramipexole, ropinirole, rotigotine (timbre) Titration lente Troubles du contrôle des impulsions (jeu, achats, hypersexualité), somnolence soudaine, œdème, hallucinations. À éviter chez la personne âgée
Inhibiteurs de la MAO-B : rasagiline, sélégiline, safinamide Rasagiline 0,5–1 mg die Effet modeste ; interactions sérotoninergiques
Inhibiteurs de la COMT : entacapone, opicapone Avec chaque dose de lévodopa Phénomène de fin de dose ; urines orangées
Amantadine 100 mg PO bid Dyskinésies ; ajuster à la fonction rénale ; confusion, livedo

⚠️ Ne jamais cesser brusquement la lévodopa : risque de syndrome d'hyperpyrexie-parkinsonisme (semblable au syndrome malin des neuroleptiques : rigidité, fièvre, CK élevée, dysautonomie). Il est potentiellement mortel.

Symptômes non moteurs (« Sx non moteurs », questionnaire Parkinson Canada)

Problème Prise en charge
Hypotension orthostatique Hydratation 2–2,5 L/j, sel, éviter chaleur, gros repas et alcool, tête de lit surélevée, bas de compression. Cesser les antihypertenseurs (prudence avec trazodone, quétiapine). Dompéridone 10 mg tid (ECG). Midodrine 2,5 mg tid → 10 mg tid (pas au coucher). Fludrocortisone 0,05 → 0,3 mg die (K, IC, confusion). Cible si réfractaire : TA systolique debout ≥ 90 et couché ≤ 180
Constipation Eau, fibres, exercice ; PEG 3350 (Lax-A-Day) 17 g die–tid ; séné ; lactulose 15–30 mL die–bid ; suppositoire de glycérine ; linaclotide (médicament d'exception)
Sialorrhée Gomme ou bonbon dur ; atropine 1 % 1 goutte sublinguale bid PRN (prudence si trouble cognitif) ; ipratropium en vaporisateur sublingual ; glycopyrrolate 1 mg bid ; toxine botulinique
Dépression Venlafaxine (1er choix selon les notes ; jusqu'à 225 mg) ou ISRS (sertraline). Citalopram max 20 mg après 65 ans (QT). Éviter la paroxétine et les tricycliques (anticholinergiques). Le tremblement augmente chez 4–5 % des patients
Anxiété Sertraline, venlafaxine ; prégabaline ; mirtazapine (sommeil, appétit) ; psychothérapie, exercice, moins de caféine
Trouble neurocognitif Rivastigmine (oral ou timbre, meilleure tolérance digestive) ; donépézil ou galantamine possibles. Prudence : bradycardie, augmentation du tremblement
Insomnie Traiter la dépression ; lévodopa CR ou rotigotine si blocage nocturne ; mélatonine ; pas d'IAChE le soir. Trazodone : aggrave l'HTO
Trouble comportemental en sommeil paradoxal Sécuriser la chambre ; mélatonine 3–12 mg HS ; clonazépam 0,25–0,5 mg HS en dernier recours

Autres troubles du mouvement

  • Maladie de Huntington :
    • Autosomique dominante, répétitions CAG ≥ 36 (pénétrance complète ≥ 40) ; phénomène d'anticipation.
    • Chorée, troubles psychiatriques (dépression, risque suicidaire élevé), puis démence.
    • Traitement de la chorée : tétrabénazine (surveiller dépression et parkinsonisme) ; antipsychotique si psychose. ISRS pour l'humeur. Conseil génétique.
    • Parkinsonisme et dyskinésie tardive médicamenteux : retirer l'agent causal si possible ; l'amélioration peut prendre des mois.
    • Akathisie : réduire l'antipsychotique ; propranolol à faible dose.
    • Dystonie aiguë (antiémétique, antipsychotique) : diphenhydramine 25–50 mg PO ou benztropine 1–2 mg PO ; atteinte laryngée (stridor) ou prise PO impossible → urgence.
    • Syndrome des jambes sans repos : doser la ferritine (cible > 75 µg/L) ; fer ; gabapentinoïdes en 1re intention (augmentation sous agonistes dopaminergiques).

Suivi et congé

  • Reprendre exactement l'horaire antiparkinsonien du domicile ; transmettre toute modification au neurologue.
  • Physiothérapie et ergothérapie (chutes), orthophonie (déglutition, voix).
  • Conduite automobile : réévaluer périodiquement et préparer l'arrêt éventuel ; déclaration à la SAAQ si inaptitude.
  • Encourager l'exercice physique et cognitif : c'est le seul traitement qui pourrait modifier l'évolution de la maladie.
  • Discuter du niveau de soins et de la planification préalable aux stades avancés.

Pièges et perles

  • Délirium chez un parkinsonien : regarder d'abord les doses manquées de lévodopa et les médicaments contre-indiqués donnés la nuit (halopéridol PRN, métoclopramide).
  • Les symptômes non moteurs peuvent répondre à la lévodopa (douleur, anxiété en période off).
  • Le parkinsonisme médicamenteux est symétrique et précoce ; le métoclopramide en est une cause fréquente chez la personne âgée.
  • Dans la démence à corps de Lewy, la sensibilité aux neuroleptiques peut être fatale.

Références

  • Canadian guideline for Parkinson disease, 2nd edition (Grimes et al., CMAJ, 2019)
  • Questionnaire des symptômes non moteurs (Parkinson Canada)
  • Weintraub D et al. Association of antipsychotic use with mortality risk in patients with Parkinson disease (JAMA Neurology, 2016)
  • Notes personnelles de Dr H. (Apple Notes) : présentation « Troubles du mouvement » (Dr Filion, 2022), diapositives Parkinson (HTO, constipation, sialorrhée, psychose, TNC, anxiété, dépression, sommeil), approches du tremblement (AAFP, Clinical Problem Solvers), Huntington.