En bref : Il faut demander le nom, les pronoms et l'anatomie actuelle plutôt que de les supposer. Le dépistage suit l'anatomie présente et non le genre inscrit au dossier. Chez les HARSAH, on pense aux vaccins VPH, hépatites A et B, au dépistage des ITSS et à la PrEP. L'hormonothérapie d'affirmation de genre peut être amorcée en première ligne selon un modèle de consentement éclairé, avec une surveillance biologique simple.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d'alarme : diriger vers l'urgence ou consulter rapidement
- Exposition sexuelle à risque de VIH dans les 72 h : urgence pour la PPE.
- Idées suicidaires ou détresse aiguë : urgence ou 911 si danger immédiat.
- Personne sous estrogènes avec douleur au mollet, dyspnée ou douleur thoracique (TEV) : urgence.
- Sous spironolactone, faiblesse ou palpitations avec hyperkaliémie : urgence.
- Érection douloureuse de plus de 4 h (priapisme) : urgence.
📨 Référer : CRDS gynécologie (priorités A à E) · 🚩 Alertes cliniques : urgence
Approche clinique inclusive
- Utiliser un langage neutre : « partenaire(s) » plutôt que « conjoint/conjointe », et éviter « examen de la femme ».
- Questions utiles :
- « Comment voulez-vous qu'on vous appelle ? Quels pronoms ? »
- « Quels mots préférez-vous pour parler de votre anatomie ? »
- « Avez-vous eu des chirurgies d'affirmation de genre ? Lesquelles ? »
- Rester attentif aux traumatismes sexuels et à l'historique de discrimination dans les soins. Avant l'examen gynécologique, expliquer, offrir le choix (spéculum plus petit, auto-prélèvement) et permettre de faire une pause.
- Garder un « inventaire des organes » dans le DMÉ (col, utérus, seins, prostate) pour guider les dépistages.
- Les risques sont plus élevés chez les personnes LGBTQ+ : santé mentale (dépression, suicidalité), consommation (tabac, alcool, chemsex), violence, isolement. On les dépiste systématiquement.
Prévention selon la population
| Population | Vaccins | Dépistage et prévention |
|---|---|---|
| HARSAH | VPH (gratuit au Québec jusqu'à 26 ans pour les HARSAH ; à envisager au-delà), hépatites A et B, méningocoque selon le risque, mpox selon les critères en vigueur | ITSS q3–6 mois si à risque (VIH, syphilis, gonorrhée et chlamydia à 3 sites : gorge, rectum, urine), PrEP VIH, doxyPEP selon les critères de la santé publique |
| FARSAF (femmes ayant des relations sexuelles avec des femmes) | Vaccins de routine, VPH (couverture plus faible) | Dépistage du cancer du col identique aux autres femmes ; les ITSS restent possibles |
| Personnes trans | Selon l'anatomie et les pratiques | Voir le tableau suivant |
Dépistage des cancers chez les personnes trans
| Organe présent | Conduite |
|---|---|
| Col utérin (homme trans, non binaire) | Dépistage du col comme pour une femme cisgenre (test VPH selon le programme québécois). La testostérone peut rendre la cytologie insatisfaisante : on l'indique sur la requête. L'auto-prélèvement VPH est une option |
| Seins (femme trans sous estrogènes) | Mammographie selon le programme habituel s'il y a ≥ 5 ans d'estrogènes et que la personne a 50 ans ou plus (Rainbow Health Ontario) |
| Seins après mastectomie (homme trans) | Tissu résiduel : examen clinique, pas de mammographie de routine |
| Prostate (femme trans) | Toujours présente. Discussion APS comme chez l'homme cis ; l'APS est abaissé sous anti-androgènes |
Hormonothérapie d'affirmation de genre : principes
- Le modèle de consentement éclairé suffit chez l'adulte capable, sans évaluation psychiatrique obligatoire (WPATH SOC 8, 2022 ; Rainbow Health Ontario). On aborde la fertilité (préservation) avant de commencer.
- Féminisante : estradiol (oral, transdermique ou injectable) avec ou sans anti-androgène (spironolactone, ou acétate de cyprotérone à faible dose).
- Suivi : K⁺ et créatinine (spironolactone), estradiol et testostérone, prolactine selon le contexte.
- Risques : TEV (préférer la voie transdermique si > 40 ans, tabac ou antécédent), hyperkaliémie.
- Masculinisante : testostérone (injectable IM/SC ou gel).
- Suivi : hémoglobine et hématocrite (polyglobulie), lipides, testostérone.
- Elle n'est pas un contraceptif : une contraception est nécessaire si l'utérus est présent et qu'il y a un risque de grossesse.
- Rythme habituel du suivi : environ tous les 3 mois la première année, puis 1–2 fois par an.
- Chez l'adolescent, on réfère à une clinique spécialisée en identité de genre.
💡 Doses et cibles détaillées : se référer aux lignes directrices de Rainbow Health Ontario (4e éd., 2026 ; mise à jour sur l'estradiol injectable). Elles servent de référence canadienne en première ligne.
Dysfonctions sexuelles (rappel)
- Dysfonction érectile : c'est un marqueur de risque cardiovasculaire (évaluer TA, lipides, glycémie, tabac). On commence par un IPDE5 en 1re ligne et on dose la testostérone en cas d'échec ou de signes d'hypogonadisme (Association des urologues du Canada). Contre-indication absolue des IPDE5 : dérivés nitrés.
- Trouble du désir ou de l'excitation chez la femme :
- chercher les causes relationnelles et psychologiques, la dépression, les médicaments (ISRS, contraceptifs, antiandrogènes), la sécheresse vaginale (syndrome génito-urinaire de la ménopause : estrogène vaginal) et la dyspareunie ;
- offrir une sexothérapie ;
- la testostérone transdermique est une option hors indication chez la femme postménopausée qui a un trouble du désir sexuel hypoactif (avis spécialisé).
Références
- Programme de vaccination contre les VPH — admissibilité (Gouvernement du Québec, 2024)
- Guidelines for Gender-Affirming Primary Care, 4th ed. (Rainbow Health Ontario, 2026)
- Mise à jour des lignes directrices — estradiol injectable (Rainbow Health Ontario, 2026)
- Gratuité des vaccins contre les hépatites A et B pour les HARSAH (PIQ), WPATH SOC 8 (2022), critères de mammographie et ligne directrice de l'AUC sur la dysfonction érectile : non vérifiés en ligne.
- Curbsiders (LGBT Health in Primary Care, 2019), présentation « Médecine transgenre » (Dres Susset et Basile, 2021) et ligne directrice AUC 2015 : tirés des notes.
- Notes personnelles de Dr H. (Apple Notes)