En bref : La base du traitement de l'eczéma est l'émollient quotidien. En crise, on donne un corticostéroïde topique (CST) de puissance adaptée au site, puis un entretien proactif 2 fois par semaine si les crises sont fréquentes. La puissance dépend de la molécule, pas du pourcentage. Pour la dermatite de contact : éviction, protection et CST. Une herbe à puce étendue ou au visage justifie la prednisone en sevrage sur 2–3 semaines.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d'alarme : diriger vers l'urgence ou consulter rapidement
- Vésicules ombiliquées, érosions et fièvre sur un eczéma (eczéma herpétiforme) : urgence.
- Eczéma surinfecté étendu avec fièvre, cellulite ou atteinte de l'état général : urgence.
- Érythrodermie (atteinte de presque toute la surface cutanée) : urgence (dermatologie de garde).
- Œdème marqué du visage ou des paupières avec gêne respiratoire ou à la déglutition : urgence.
- Dermatose rebelle chez l'adulte âgé (lymphome T cutané possible) : consultation rapide en dermatologie.
📨 Référer : CRDS dermatologie · CRDS chirurgie plastique (priorités A à E) · 🚩 Alertes cliniques : urgence
Dermatites : reconnaître
| Type | Indices | Traitement de base |
|---|---|---|
| Atopique | Prurit intense, évolution par poussées ; nourrisson : visage, cuir chevelu, faces d'extension ; enfant : plis de flexion ; adulte : mains, pieds, plis, visage. Épargne souvent l'aine et les aisselles. Asthme ou rhinite associés | Émollients, CST en crise, entretien proactif |
| Contact irritative | Mains, lavages fréquents, solvants ; brûlure > prurit | Éviction, gants doublés de coton, émollients, CST |
| Contact allergique | Prurit ; forme qui épouse le contact (bijou, bracelet de montre, linéaire si plante) ; délai 24–48 h | Éviction de l'allergène, CST ; tests épicutanés si chronique ou rebelle |
| Dyshidrosique | Vésicules « tapioca » des doigts, paumes et plantes, puis fissures ; stress | Émollients, CST puissant HS jusqu'à 2 sem |
| Nummulaire | Plaques rondes en pièce de monnaie, sèches, prurigineuses | Émollients, CST puissant |
| Séborrhéique | Squames grasses jaunâtres (cuir chevelu, sourcils, sillons nasogéniens) ; peu prurigineuse | Kétoconazole crème ou shampoing ; CST faible en courte durée |
- Diagnostic différentiel : gale, psoriasis, tinea, lymphome T cutané (dermatose rebelle de l'adulte âgé).
Dermatite atopique : prise en charge (guide de l'Estrie)
| Adulte | Enfant | |
|---|---|---|
| Corps | CST modéré à fort BID × 4–8 sem | CST classe 5 ou 4 BID × 4–8 sem |
| Visage, plis | CST faible BID × 2–4 sem | CST faible (classe 6 ou 5) BID × 2–4 sem |
| Émollient | Pancorporel BID, surtout après le bain | Idem |
| Prurit | Hydroxyzine 10–25 mg PO TID (sédatif) ou cétirizine 10 mg die | Hydroxyzine 2 mg/kg/j en 3 doses |
- Entretien proactif si crises fréquentes : CST ou inhibiteur topique de la calcineurine 2 fois par semaine sur les zones habituelles.
- Épargne cortisonique (visage, plis, usage prolongé) : tacrolimus 0,03 % (≥ 6 mois à 2 ans) ou 0,1 % (≥ 2 ans), pimécrolimus 1 % ; crisaborole 2 % (non couvert par la RAMQ). Effet indésirable : sensation de brûlure transitoire.
- Formes modérées à sévères : enveloppements humides avec CST.
- Surinfection à S. aureus (croûtes mielleuses) : culture ; antibiotique topique si localisée, céfalexine PO si étendue. Pas d'antibiotique de routine.
- Eczéma herpétiforme (vésicules ombiliquées, érosions, fièvre) : acyclovir ou valacyclovir et évaluation urgente.
- Échec : référer en dermatologie (photothérapie, méthotrexate, cyclosporine, biologiques, inhibiteurs de JAK).
⚠️ Mis à jour (consensus canadien, Dermatology and Therapy, 2025) : CST de plus faible puissance efficace, en usage intermittent. Inhibiteurs de la calcineurine et crisaborole comme options d'épargne. Le ruxolitinib topique est une option émergente. Entretien proactif 2 fois par semaine chez les patients qui font des crises fréquentes.
Corticostéroïdes topiques : bien prescrire
Puissance (classes canadiennes : 1 = la plus forte)
| Puissance | Exemples (marque) | Sites |
|---|---|---|
| Très élevée (1) | Clobétasol 0,05 % (Dermovate), bétaméthasone dipropionate 0,05 % glycol (Diprolene) | Paumes, plantes, plaques épaisses ; ≤ 2 sem |
| Élevée (2–3) | Fluocinonide 0,05 % (Lyderm), désoximétasone 0,25 % (Topicort), bétaméthasone dipropionate 0,05 % (Diprosone) | Corps, lésions lichénifiées |
| Modérée (4–5) | Mométasone 0,1 % (Elocom), triamcinolone 0,1 % (Aristocort), bétaméthasone valérate 0,1 % (Betaderm), hydrocortisone valérate 0,2 % (Hydroval) | Corps, membres |
| Faible (6–7) | Désonide 0,05 %, hydrocortisone 1–2,5 % (Emo-Cort, Hyderm) | Visage, plis, couche, paupières, organes génitaux |
- Âges approuvés (exemples) : désonide ≥ 3 mois ; fluticasone ≥ 1 an ; mométasone ≥ 2 ans ; clobétasol ≥ 12 ans.
- Absorption relative : paupières et organes génitaux ≫ visage > aisselles > avant-bras ≫ paumes et plantes. D'où le choix d'une faible puissance sur la peau mince.
Véhicule
| Véhicule | Usage |
|---|---|
| Onguent | Le plus occlusif ; lésions sèches, squameuses, épaisses ; environ une classe plus puissant que la crème |
| Crème | Lésions humides ou suintantes ; visage ; plus agréable |
| Lotion, solution, mousse | Cuir chevelu, régions pileuses, plis, lésions suintantes |
Quantité
- Unité phalangette (≈ 0,5 g) : couvre la surface de 2 paumes d'adulte.
| Surface | Quantité pour BID × 7 jours |
|---|---|
| Une main | 15 g |
| Visage et cou, ou 2 mains, ou organes génitaux | 30 g |
| Un bras, ou l'avant ou l'arrière du tronc | 45 g |
| Une jambe | 60 g |
| Corps entier | 500 g et plus (pot) |
⚠️ Prudence au-delà de 4–6 semaines en continu, sur la peau mince, chez l'enfant et sous occlusion : atrophie, vergetures, rosacée et dermatite périorale (visage), glaucome (paupières). En une application par jour, l'efficacité est presque égale à deux.
Dermatite de contact aux plantes
| Type | Plantes | Mécanisme et délai | Clinique |
|---|---|---|---|
| Allergique | Herbe à puce, pelure de mangue, noix de cajou, ginkgo (urushiol) | Retardée, 24–48 h | Papulovésicules souvent linéaires, phlyctènes, prurit marqué |
| Phytophotodermatite | Berce du Caucase, panais sauvage, lime, céleri (furocoumarines) | Chimique + UV, 24–48 h | Vésicules et bulles linéaires, brûlure, hyperpigmentation résiduelle |
| Irritative | Dieffenbachia, philodendron, renoncule, épines | Immédiat | Douleur ; fissures et hyperkératose si chronique |
Herbe à puce : conduite
- Immédiatement : laver à l'eau froide dans les minutes qui suivent ; laver les vêtements séparément ; manipuler avec des gants.
- Soulagement : compresses froides 3–4 fois/j, solution d'acétate d'aluminium (Burow) pour assécher, bains d'avoine colloïdale. Antihistaminique oral sédatif la nuit au besoin. Éviter les antihistaminiques et anesthésiques topiques (sensibilisation).
- CST tôt : puissant si l'atteinte est localisée ; modéré (bétaméthasone valérate, triamcinolone) en grande quantité si elle est diffuse.
- Atteinte étendue, visage, œdème marqué : prednisone 0,5–1 mg/kg/j (max 40–60 mg) puis sevrage sur 2 à 3 semaines. Un traitement plus court expose à un rebond.
- Tests épicutanés à l'urushiol : contre-indiqués (sensibilisation).
👶 Herbe à la puce chez l’enfant (CHU Sainte-Justine, 2020)
- Stries linéaires (trajet de la plante sur la peau), vésicules et bulles, œdème des paupières ou des organes génitaux, prurit intense ; muqueuses épargnées.
- L’enfant n’est pas contagieux, mais la résine (urushiol) reste active des semaines sur les vêtements, les jouets et les animaux : tout laver.
- Guérison en 2 à 4 semaines ; antihistaminique et corticostéroïde topique, ou oral si étendu.
- Prévention : apprendre à reconnaître la plante (feuilles à trois folioles).
Résumé dans nos mots, d’après Girodias J.-B., CHU Sainte-Justine, 2020.
Pièges et perles
- Un eczéma qui ne répond plus à un traitement autrefois efficace : penser à une allergie de contact (y compris au CST lui-même ou aux agents de conservation) et faire des tests épicutanés.
- Mains : chercher un tinea pedis associé et faire une culture de squames avant le CST puissant.
- Corticophobie : expliquer que l'eczéma non contrôlé abîme plus la peau qu'un CST bien utilisé.
Voir aussi
- Dermatite atopique
- Plan d'action contre l'eczéma
- Dermite chronique des mains
- Dermatite séborrhéique
- Corticostéroïdes topiques : bon usage
- Corticostéroïdes topiques : tableau de puissance
Références
- Girodias J.-B. Maladies éruptives, purpuras et dermites de l’enfant (fiches de reconnaissance). CHU Sainte-Justine, Montréal, 2020.
- Guide de dermatologie de première ligne du CIUSSS de l'Estrie-CHUS (transcrit dans le site, sections Dermatite atopique, Dermite chronique des mains, Corticostéroïdes topiques).
- New Canadian guidelines refine topical treatment strategies for atopic dermatitis — Gooderham et al., Dermatology and Therapy (Medznat, 2025)
- Traitement de la dermite à l'herbe à puce (« Qui s'y frotte s'y pique », Québec Pharmacie) et dose de prednisone : non vérifiés en ligne lors de cette révision.
- Notes personnelles de Dr H. (Apple Notes) : « Corticoïdes topiques », « Tx corticoïdes eczéma », « Dermatite de contact ».