En bref : On distingue la rhinite allergique, la rhinite non allergique (vasomotrice, irritative, médicamenteuse), les causes mécaniques (septum, cornets, polypes, adénoïdes) et la rhinosinusite chronique (critères PODS ≥ 12 semaines). La pierre angulaire du traitement est le corticostéroïde intranasal (CSIN) utilisé chaque jour et bien administré, avec des irrigations salines. On optimise ce traitement 1 à 3 mois avant de demander un TDM ou de référer en ORL. Une obstruction unilatérale, sanglante ou avec déficit neurologique fait suspecter une tumeur.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d'alarme : diriger vers l'urgence ou consulter rapidement
- Atteinte de l'œil (cellulite, diplopie, proptose, perte de vision) : urgence (ORL et ophtalmologie de garde).
- Signes neurologiques ou méningés avec rhinosinusite : urgence.
- Hématome septal après un traumatisme nasal : urgence (drainage).
- Obstruction unilatérale fixe qui progresse vite, épistaxis unilatérale récidivante, masse faciale ou déficit d'un nerf crânien : consultation rapide en ORL.
- Otite séreuse unilatérale chez l'adulte avec obstruction nasale (carcinome nasopharyngé) : consultation rapide en ORL.
- Anosmie isolée ou polypes unilatéraux : consultation rapide en ORL.
📨 Référer : CRDS ORL · CRDS ophtalmologie (adulte et enfant) (priorités A à E) · 🚩 Alertes cliniques : urgence
Classification de la rhinite allergique (ARIA)
- Intermittente : < 4 j/sem ou < 4 sem consécutives. Persistante : au-delà.
- Légère : sommeil et activités normaux. Modérée à sévère : sommeil, activités, travail ou école perturbés, ou symptômes incommodants.
Diagnostic différentiel de l'obstruction nasale
| Siège | Causes |
|---|---|
| Muqueuse | Rhinite allergique, non allergique (vasomotrice), médicamenteuse (décongestionnant topique > 3–5 j ; aussi cocaïne, alpha-bloquants, IPDE5, contraceptifs), grossesse, hypothyroïdie |
| Cavité nasale | Polypes (rhinosinusite chronique, asthme, intolérance à l'AAS), hypertrophie des cornets, corps étranger (enfant, unilatéral malodorant) |
| Septum | Déviation, hématome septal (post-trauma : drainage urgent), perforation (cocaïne, GPA) |
| Nasopharynx | Hypertrophie adénoïdienne (enfant) ; carcinome nasopharyngé (adulte avec otite séreuse unilatérale) |
| Tumeurs | Papillome inversé, carcinome épidermoïde, esthésioneuroblastome |
| Systémique | Granulomatose avec polyangéite, sarcoïdose, fibrose kystique (polypes chez l'enfant) |
⚠️ Référer rapidement en ORL en présence de : - Symptômes unilatéraux persistants. - Épistaxis récidivante unilatérale. - Douleur faciale progressive, déficit d'un nerf crânien, diplopie, masse. - Anosmie isolée. - Polypes unilatéraux.
📋 Algorithme de l’Estrie — Obstruction nasale chronique (2017)
- Unilatérale : penser à une cause dentaire chez l’adulte et à un corps étranger chez l’enfant.
- ORL en urgence : atteinte de l’œil (cellulite, diplopie, proptose, perte de vision), signes neurologiques ou méningés, obstruction unilatérale fixe qui progresse vite (± épistaxis, ± otite séreuse), masse faciale qui grossit.
Résumé dans nos mots. Source : CIUSSS de l’Estrie-CHUS, « Obstruction nasale chronique », 2017. Algorithme ancien : en cas d’écart, les recommandations plus récentes de cette fiche priment. Les corridors de référence sont ceux de l’Estrie : utiliser ceux de son milieu.
Rhinosinusite chronique : PODS
- Symptômes ≥ 12 semaines, au moins 2 critères PODS dont O ou D :
- Pression ou douleur faciale.
- Obstruction nasale.
- Discharge : écoulement.
- Smell : hyposmie.
- Confirmation objective nécessaire : endoscopie ou TDM des sinus. Si la RSC est suspectée, on peut demander le TDM d'emblée, car le délai d'attente est long.
Traitement
Médicaments intranasaux (adulte)
| Classe | Produit | Posologie | RAMQ |
|---|---|---|---|
| CSIN | Mométasone (Nasonex) | 2 vapos/narine die | Oui |
| CSIN | Furoate de fluticasone (Avamys) | 2 vapos/narine die (puis 1 die) | Oui |
| CSIN en irrigation | Budésonide (Pulmicort) 0,5 mg/2 mL | 1 ampoule dans 240 mL de Sinus Rinse (avec le sachet de sel), irrigation BID | Oui |
| CSIN + antihistaminique | Azélastine-fluticasone (Dymista) | 1 vapo/narine BID | Non |
| CSIN + antihistaminique | Olopatadine-mométasone (Ryaltris) | 2 vapos/narine BID | Non |
| Anticholinergique | Ipratropium 0,06 % (Atrovent nasal) | 2 vapos/narine BID–QID | Oui |
| Antihistaminique oral | Rupatadine (Rupall), cétirizine, desloratadine, bilastine | 10 mg die (rupatadine) | Variable |
| Antihistaminique ophtalmique | Olopatadine (Pataday) | 1 gtte/œil die au besoin | Non |
- Délai d'action :
- Azélastine-fluticasone : quelques minutes.
- Ciclésonide : environ 1 h.
- Budésonide en vaporisation : plusieurs heures.
- L'effet maximal d'un CSIN prend 1–2 semaines d'usage régulier.
- Technique : pencher la tête vers l'avant, viser la paroi latérale (main opposée) et éviter le septum (épistaxis). Ne pas renifler fort.
- Les antihistaminiques oraux de 2e génération conviennent pour les symptômes légers ou intermittents. On évite ceux de 1re génération (sédation, effets anticholinergiques chez l'aîné).
- Montélukast : réservé aux échecs ou à la rhinite associée à l'asthme. Mise en garde neuropsychiatrique.
- Décongestionnants topiques (oxymétazoline) : ≤ 3–5 jours, sinon rhinite médicamenteuse. Les décongestionnants oraux sont à éviter en cas d'HTA ou de maladie CV.
- Immunothérapie (sous-cutanée ou sublinguale) : si la rhinite allergique est mal contrôlée malgré un traitement optimal. Référer en allergologie (tests cutanés ou IgE spécifiques).
Irrigation saline maison
- 1 L d'eau du robinet bouillie (ou distillée), 10 mL (2 c. à thé) de sel sans iode et 2,5 mL (½ c. à thé) de bicarbonate de soude.
- Nettoyer la bouteille chaque semaine (lave-vaisselle ou vapeur au micro-ondes).
💡 Perle ORL : avant de référer, documenter un essai d'au moins 1–3 mois de CSIN + irrigation bien faits. Ajouter le budésonide en irrigation, puis l'ipratropium si la rhinorrhée persiste. Si une RSC est suspectée, demander le TDM dès maintenant.
📋 Algorithme de l’Estrie — Obstruction nasale chronique (2017)
- Bilatérale : essai d’irrigations salines et de corticostéroïde intranasal ; antihistaminique H1 une fois par jour en saison si allergie ; antibiotique si rhinorrhée purulente ; corticostéroïde oral de courte durée à considérer en sinusite chronique.
- Persistance malgré le traitement : TDM des sinus et ORL ; symptômes de plus de 3 mois d’allure allergique : tests d’allergie.
Résumé dans nos mots. Source : CIUSSS de l’Estrie-CHUS, « Obstruction nasale chronique », 2017. Algorithme ancien : en cas d’écart, les recommandations plus récentes de cette fiche priment. Les corridors de référence sont ceux de l’Estrie : utiliser ceux de son milieu.
📋 Algorithme de l’Estrie — Traitements topiques intranasaux (2017)
- Irrigations : moins de 3-4 ans, eau salée en gouttes ou unidoses (plus de 1 mL par narine, 2 à 4 fois par jour) ; plus âgés et adultes, grand volume à basse pression 1 à 2 fois par jour.
- Corticostéroïde intranasal : pas avant 2 ans ; 2 à 12 ans, 1 vaporisation par narine par jour ; plus de 12 ans, 2 vaporisations par narine 1 à 2 fois par jour ; juger l’effet après au moins 3 mois.
- Irrigation au budésonide (hors indication, 15 ans et plus) : 1 mg (2 mL à 0,5 mg/mL) dans 240 mL de solution saline, 1 à 2 fois par jour, essai d’au moins 3 mois.
Résumé dans nos mots. Source : CIUSSS de l’Estrie-CHUS, « Traitements topiques intranasaux », 2017. Algorithme ancien : en cas d’écart, les recommandations plus récentes de cette fiche priment. Les corridors de référence sont ceux de l’Estrie : utiliser ceux de son milieu.
Références
- Obstruction nasale chronique — algorithme (CIUSSS de l’Estrie-CHUS, santeestrie.qc.ca, ORL)
- Traitements topiques intranasaux — algorithme (CIUSSS de l’Estrie-CHUS, santeestrie.qc.ca, ORL)
- Focused allergic rhinitis practice parameter for Canada (Allergy, Asthma & Clinical Immunology, 2024) : CSIN ou antihistaminique intranasal en 1re ligne ; combinaison supérieure à CSIN + antihistaminique oral ; montélukast en dernier recours.
- Aide-mémoire ORL-rhinologie, « Congestion nasale, rhinite et sinusite chronique : optimiser le traitement avant la référence en ORL » (CISSS). Document local transmis à Dr H. ; couverture RAMQ non revérifiée en ligne.
- Bousquet et coll., délai d'action des vaporisateurs nasaux (J Allergy Clin Immunol Pract, 2018). Classification ARIA.
- Toronto Notes : diagnostic différentiel de l'obstruction nasale.
- Notes personnelles de Dr H. (Apple Notes)
- Voir aussi la fiche « Sinusite bactérienne aiguë ».