En bref : Infections cutanées ou muqueuses bénignes par le VPH (verrues communes et plantaires : VPH 1, 2, 4 ; condylomes : VPH 6 et 11). La majorité régresse spontanément en mois ou années. Verrues : cryothérapie 2 cycles + acide salicylique. Condylomes : cryothérapie ou acide trichloracétique par le clinicien, ou imiquimod par la patiente ; aborder dépistage des ITSS, vaccin VPH et cytologie/test VPH.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d'alarme : diriger vers l'urgence ou consulter rapidement
- Condylome ou lésion anogénitale pigmentée, indurée, ulcérée ou fixée (néoplasie possible) : biopsie ou consultation rapide.
- Lésions périanales chez une personne HARSAH ou vivant avec le VIH : anuscopie et consultation rapide.
- Condylomes volumineux obstruant le canal vaginal en grossesse : consultation rapide en obstétrique.
- Condylomes anogénitaux chez un enfant (abus sexuel à évoquer) : consultation rapide (pédiatrie, DPJ selon le contexte).
- Verrue atypique ou rebelle chez un immunosupprimé (carcinome possible) : consultation rapide en dermatologie.
📨 Référer : CRDS dermatologie · CRDS chirurgie plastique (priorités A à E) · 🚩 Alertes cliniques : urgence
Verrues cutanées
Verrue ou cor (callosité) ?
| Verrue | Cor / callosité | |
|---|---|---|
| Lignes cutanées (dermatoglyphes) | Interrompues (la lésion les dévie) | Passent par-dessus la lésion |
| Au parage | Points noirs ou saignement en tête d'épingle (capillaires thrombosés) | Pas de saignement, centre kératosique translucide |
| Siège | Plante, doigts, peut se propager | Points de pression |
| Douleur | Au pincement latéral | À la pression directe |
| Couleur | Couleur peau, points noirs | Jaunâtre, épaisse |
Traitement (guide CIUSSS de l'Estrie-CHUS)
| Étape | Traitement |
|---|---|
| 1 | Azote liquide, 2 cycles de gel de 10 s, q 6–8 sem. + acide salicylique (Soluver Plus) DIE après décapage à la pierre ponce |
| 2 (échec à 6 mois) | Acide salicylique 40 % DIE sous occlusion (± 5-FU topique) |
| 3 (échec à 6 mois) | Dermatologie (bléomycine, immunothérapie, laser) |
- Abstention acceptable : régression spontanée d'environ 2/3 en 2 ans, surtout chez l'enfant.
- Éviter le 5-FU et l'acide salicylique à forte concentration chez la femme enceinte ; cryothérapie douloureuse chez le jeune enfant.
- Prévention : souliers dans les douches et piscines publiques, garder les lésions couvertes, ne pas les gratter ou ronger.
Condylomes anogénitaux
Évolution naturelle
- Incubation 1–6 mois (jusqu'à plusieurs années), croissance active 3–6 mois, puis réponse immunitaire : rémission spontanée chez environ 1/3 en 4 mois ; persistance ou récidive possibles. Les récidives sont fréquentes (20–30 %) quel que soit le traitement.
- Diagnostic clinique ; biopsie si atypie (pigmentée, indurée, ulcérée, fixée), immunosuppression, échec du traitement ou doute diagnostique.
Traitement (INESSS, guide ITSS condylomes)
| Par qui | Option | Modalités |
|---|---|---|
| Clinicien | Cryothérapie (azote liquide) | 2 cycles q 2–3 sem. (q 8 sem. selon le guide de l'Estrie) |
| Clinicien | Acide trichloracétique ou bichloracétique 50–90 % | q 1–3 sem. ; protéger la peau saine ; utilisable en grossesse |
| Clinicien | Exérèse chirurgicale, électrocoagulation, laser | Lésions volumineuses ou nombreuses (chirurgie générale) |
| Patiente | Imiquimod 5 % | 3 fois/sem. au coucher, laver après 6–10 h, max 16 sem. |
| Patiente | Imiquimod 3,75 % | DIE, max 8 sem. |
| Patiente | Podofilox 0,5 % | BID 3 jours consécutifs/sem., max 4–6 cycles |
| Patiente | Sinécatéchines 10 % | TID, max 16 sem. |
- Changer de modalité si pas d'amélioration après 3 traitements par le clinicien ou après la durée maximale d'un traitement autoappliqué (réévaluer environ 3–4 mois au total).
- Grossesse : cryothérapie ou acide ; éviter imiquimod et podofilox. Les condylomes peuvent grossir pendant la grossesse ; la césarienne n'est indiquée que si obstruction du canal ou risque hémorragique.
- Lésions périanales chez une personne à risque (HARSAH, VIH) : anuscopie et orientation.
- Papillomatose respiratoire juvénile : risque rare chez l'enfant né d'une mère porteuse.
Prévention et counseling
- Dépistage des autres ITSS (chlamydia, gonorrhée, syphilis, VIH ± hépatites) selon le guide INESSS.
- Cytologie ou test VPH selon le programme québécois (25–65 ans) ; les condylomes eux-mêmes (VPH 6, 11) ne sont pas oncogènes, mais une co-infection est possible.
- Vaccin VPH (Gardasil 9) : programme scolaire (4e année du primaire) et rattrapage gratuit selon le PIQ ; offert aussi aux personnes à risque (HARSAH, immunodéprimés). N'élimine pas une infection existante, mais protège contre les autres types.
- Condom : réduit sans éliminer la transmission. Partenaires : examen offert, pas de traitement s'ils sont asymptomatiques.
💡 Chez l'enfant, des condylomes anogénitaux doivent faire évoquer (sans conclure) un abus sexuel, surtout après 3 ans ; la transmission périnatale ou par contact non sexuel est possible.
Voir aussi
- Verrues vulgaires palmoplantaires chez les 10 ans et plus
- Condylomes acuminés
- Cryothérapie (azote liquide)
Références
- Guide d'usage optimal — Condylomes anogénitaux (INESSS, 2019)
- Algorithmes de traitements pour l'approche de la première ligne dermatologique, 2e éd. (CIUSSS de l'Estrie-CHUS, 2019)
- Guide québécois de dépistage des ITSS — Condylomes (INSPQ) (non revérifié en ligne)
- Steben M. Condylomes et VPH (Le Médecin du Québec) ; Info comprimée — verrues (Le Médecin du Québec, 2010).
- Calendrier du vaccin VPH : PIQ / CCNI (non vérifié en ligne pour la version actuelle).
- Notes personnelles de Dr H. (Apple Notes) : verrue vs callosité, évolution naturelle du VPH.