En bref : Après un traumatisme, on fait des radiographies (fracture, luxation, entorse AC) et on vérifie l'état neurovasculaire. Sans traumatisme, la tendinopathie de la coiffe est la cause la plus fréquente après 40 ans. La capsulite limite les mouvements passifs autant qu'actifs. Il faut toujours penser aux causes extrinsèques (cou, cœur, poumon, abdomen). L'IRM n'est pas un examen de première intention.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d'alarme : diriger vers l'urgence ou consulter rapidement
- Douleur à l'épaule gauche à l'effort, avec dyspnée ou diaphorèse (ischémie myocardique) : 911.
- Douleur à l'épaule avec douleur abdominale, hypotension ou grossesse possible (rupture splénique, grossesse ectopique rompue) : urgence.
- Luxation, fracture déplacée ou déficit neurovasculaire (nerf axillaire, pouls) après un traumatisme : urgence (orthopédie).
- Faiblesse franche après un traumatisme chez un patient actif (déchirure aiguë de la coiffe) : consultation rapide en orthopédie.
- Fumeur avec douleur d'épaule et syndrome de Horner (tumeur de Pancoast) : consultation rapide (radiographie pulmonaire).
- Patient âgé avec raideur bilatérale des ceintures et céphalée ou troubles visuels (artérite temporale) : urgence.
📨 Référer : CRDS orthopédie · CRDS rhumatologie · CRDS physiatrie – médecine physique et réadaptation (priorités A à E) · 🚩 Alertes cliniques : urgence
Causes selon l'âge
| Âge | Causes intrinsèques fréquentes | Indices cliniques |
|---|---|---|
| Adolescent, jeune adulte (< 40 ans) | Surutilisation sportive, instabilité gléno-humérale, entorse acromioclaviculaire (AC) | Douleur liée au geste sportif ; appréhension et relocation positives ; douleur AC focale après chute sur l'épaule |
| Âge moyen et âgé | Tendinopathie de la coiffe (accrochage), déchirure de la coiffe, bursite, capsulite, tendinopathie bicipitale, arthrose GH ou AC, douleur myofasciale | Douleur nocturne, douleur à l'élévation ; faiblesse si déchirure ; perte de mobilité passive si capsulite |
Causes extrinsèques à ne pas manquer
| Système | Exemples |
|---|---|
| Neurologique | Radiculopathie C5–C6, atteinte du plexus brachial, nerf sus-scapulaire, zona |
| Cardiovasculaire | Ischémie myocardique, thrombose veineuse axillaire, défilé thoracobrachial |
| Thoracique | Tumeur de l'apex (Pancoast), pneumonie du lobe supérieur, embolie pulmonaire |
| Abdominal | Irritation diaphragmatique : maladie hépatobiliaire, rupture splénique, grossesse ectopique rompue, perforation |
💡 Une douleur vague ou diffuse, associée à d'autres symptômes, ou une douleur irradiant au cou et au bras, avec une mobilité gléno-humérale indolore, oriente vers une cause extrinsèque.
Algorithme
Examen clinique : diagnostic différentiel
| Diagnostic | Anamnèse | Examen |
|---|---|---|
| Tendinopathie de la coiffe (très fréquente) | > 40 ans, gestes répétés au-dessus de l'épaule, douleur nocturne | Sensibilité sous-acromiale, arc douloureux, Neer et Hawkins positifs, mobilité passive normale, force conservée mais douloureuse |
| Déchirure de la coiffe | Idem ; parfois traumatisme | Idem, avec faiblesse à l'abduction ou à la rotation externe ; abduction active impossible mais passive conservée |
| Capsulite adhésive | Diabète, immobilisation, ATCD de tendinopathie | Perte marquée de mobilité active ET passive, surtout en rotation externe |
| Arthrose gléno-humérale (peu fréquente) | ATCD de traumatisme | Perte de mobilité active et passive, crépitements |
| Tendinopathie bicipitale | Douleur en portant des sacs coudes fléchis | Sensibilité de la gouttière bicipitale ; douleur à la flexion du coude ou à la supination contre résistance |
| Rupture du long biceps | Douleur subite | Déformation « Popeye » |
| Entorse AC | Chute sur le moignon de l'épaule | Douleur AC focale, marche d'escalier ; douleur à l'adduction horizontale |
| Arthrose AC | Sans traumatisme | Sensibilité AC, douleur à l'adduction horizontale |
| Instabilité multidirectionnelle | < 40 ans, athlète au-dessus de la tête | Sulcus positif ; appréhension et relocation positives |
| Dyskinésie scapulaire, bursite sous-scapulaire | Sédentaire, posture voûtée, sac à dos | Bord supéro-médial de l'omoplate sensible ; décollement de l'omoplate ; force améliorée quand l'examinateur stabilise l'omoplate |
Traumatismes : aide-mémoire
| Lésion | Indices | Conduite |
|---|---|---|
| Luxation antérieure (> 95 %) | Bras le long du corps en rotation externe, douleur sévère | Radiographies ; vérifier nerf axillaire (sensibilité du moignon) et pouls ; réduction puis immobilisation |
| Luxation postérieure | Convulsion ou électrisation ; bras en rotation interne | Radiographies (incidence axillaire) ; souvent manquée |
| Fracture de la clavicule | Traumatisme direct | Écharpe simple ; exclure atteinte sous-clavière et du plexus |
Prise en charge non traumatique (première ligne)
- Tendinopathie de la coiffe :
- Repos relatif, modification des activités, exercices supervisés (physiothérapie) : c'est la base.
- Acétaminophène ou AINS de courte durée.
- Infiltration sous-acromiale de corticostéroïde si la douleur persiste (voir la fiche Infiltrations).
- Capsulite adhésive : évolution spontanée en 1 à 3 ans (phases douloureuse, enraidissement, récupération). Physiothérapie douce, infiltration intra-articulaire tôt en phase douloureuse, arthrodistension dans les cas rebelles.
- Imagerie :
- Pas d'imagerie systématique à la première visite.
- Radiographies simples si échec du traitement conservateur, traumatisme ou suspicion d'arthrose ou de calcification.
- Échographie pour la coiffe ou la bourse.
- IRM seulement si les symptômes persistent et qu'on envisage une chirurgie ou une lésion du labrum.
⚠️ Choisir avec soin Canada : ne pas demander d'IRM comme examen initial pour une suspicion de tendinopathie de la coiffe.
Quand référer
- Rapidement en orthopédie : déchirure transfixiante aiguë traumatique chez un patient actif (faiblesse franche), luxation irréductible ou récidivante, fracture déplacée, déficit neurovasculaire.
- Échec de 3 à 6 mois de traitement conservateur bien conduit.
📋 Algorithme de l’Estrie — Épaule — douleur, tendinite, bursite (2013)
- Accrochage (Hawkins, Neer, Jobe), calcification et déchirure partielle : même traitement conservateur. Une déchirure complète peu douloureuse avec bonne fonction n’est pas une indication chirurgicale.
- Radiographie simple pour éliminer une atteinte osseuse.
- Acétaminophène ou AINS ; physiothérapie (coiffe, stabilisateurs de l’omoplate, amplitude, exercices à domicile) ; infiltration sous-acromiale, max 4 par année.
- Environ 80 % guérissent en 12 à 18 mois. IRM et orthopédie si échec après environ 9 mois, détérioration, douleur nocturne mal contrôlée ou faiblesse faisant craindre une rupture — si le patient accepte une chirurgie.
Résumé dans nos mots. Source : CIUSSS de l’Estrie-CHUS, « Épaule — douleur, tendinite, bursite », 2013. Algorithme ancien : en cas d’écart, les recommandations plus récentes de cette fiche priment. Les corridors de référence sont ceux de l’Estrie : utiliser ceux de son milieu.
📋 Algorithme de l’Estrie — Épaule — capsulite, raideur, ankylose (2013)
- Phases successives (douleur, douleur et raideur, raideur, récupération) ; résolution spontanée en 12 à 18 mois.
- Radiographie pour éliminer une arthrose gléno-humérale.
- Analgésie, physiothérapie, infiltrations gléno-humérales (jusqu’à 3, à un mois d’intervalle), sous guidage si la douleur persiste. Orthopédie si la raideur dure plus de 12 mois.
Résumé dans nos mots. Source : CIUSSS de l’Estrie-CHUS, « Épaule — capsulite, raideur, ankylose », 2013. Algorithme ancien : en cas d’écart, les recommandations plus récentes de cette fiche priment. Les corridors de référence sont ceux de l’Estrie : utiliser ceux de son milieu.
Pièges et perles
- Douleur à l'épaule gauche à l'effort ou avec dyspnée : ECG et troponine avant de conclure à une tendinite.
- Épaule droite et douleur postprandiale : penser aux voies biliaires.
- Fumeur avec douleur d'épaule et syndrome de Horner : Pancoast (radiographie pulmonaire).
- Après 40 ans, une première luxation antérieure s'accompagne souvent d'une déchirure de la coiffe : réévaluer la force à 2–3 semaines.
- Patient âgé avec raideur et douleur bilatérale des ceintures : pseudopolyarthrite rhizomélique (VS, CRP).
Références
- Épaule — arthrose — algorithme (CIUSSS de l’Estrie-CHUS, santeestrie.qc.ca, Orthopédie)
- Épaule — capsulite, raideur, ankylose — algorithme (CIUSSS de l’Estrie-CHUS, santeestrie.qc.ca, Orthopédie)
- Épaule — douleur, tendinite, bursite — algorithme (CIUSSS de l’Estrie-CHUS, santeestrie.qc.ca, Orthopédie)
- Épaule — luxation — algorithme (CIUSSS de l’Estrie-CHUS, santeestrie.qc.ca, Orthopédie)
- Épaule — rupture de la coiffe — algorithme (CIUSSS de l’Estrie-CHUS, santeestrie.qc.ca, Orthopédie)
- Épaule — programme de regain d'amplitude articulaire (exercices) — algorithme (CIUSSS de l’Estrie-CHUS, santeestrie.qc.ca, Orthopédie)
- Recommandations Choisir avec soin — médecine du sport et de l'exercice (ACMSE, 2018)
- Les lésions professionnelles de la coiffe des rotateurs de l'épaule : optimiser la prise en charge (IRSST, 2021)
- Atelier d'infiltrations articulaires main et épaule (FMF, CMFC, 2014)
- Tableaux de diagnostic différentiel, causes extrinsèques et algorithme : UpToDate (2017), non revérifiés en ligne.
- Notes personnelles de Dr H. (Apple Notes) : « Douleur à l'épaule » (tableaux d'anatomie, de diagnostic différentiel et algorithme).