En bref : La dysphagie est une sensation de blocage à la déglutition. On la distingue du globus (boule dans la gorge entre les repas, soulagée en avalant), de la xérostomie (bouche sèche qui gêne la déglutition), de l’odynophagie (douleur en avalant) et du RGO (impression de digestion lente). Trois questions orientent : où ça bloque (gorge et fausses routes : dysphagie oropharyngée, souvent neurologique ; rétrosternale quelques secondes après : œsophagienne), quoi (solides seulement : obstacle mécanique ; solides et liquides d’emblée : trouble moteur) et comment ça évolue (intermittente ou rapidement progressive). Une dysphagie progressive avec perte de poids après 50 ans est un cancer jusqu’à preuve du contraire. L’impaction alimentaire (incapacité d’avaler sa salive) va à l’urgence.
⚠️ Nouvelle fiche (oct. 2026) rédigée pour le sans rendez-vous, résumée dans nos mots à partir des références citées et du formulaire CRDS de gastroentérologie : à valider.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d’alarme
- Impaction alimentaire ou corps étranger : incapacité d’avaler la salive, hypersalivation, douleur rétrosternale → urgence (endoscopie ; immédiate si obstruction complète, pile bouton, aimants ou objet pointu).
- Dysphagie rapidement progressive, perte de poids, anémie ferriprive, hématémèse ou méléna, odynophagie importante, âge > 50 ans.
- Dysphagie oropharyngée aiguë avec déficit neurologique (AVC), voix nasonnée, ptose ou faiblesse fluctuante (myasthénie) → urgence.
- Fausses routes avec fièvre ou toux productive (pneumonie d’aspiration), déshydratation, prise PO impossible → urgence.
✅ À faire maintenant
- Préciser : gorge ou rétrosternal ; solides ou solides et liquides ; intermittente ou progressive ; durée ; impactions antérieures.
- Revoir les médicaments : doxycycline, AINS, bisphosphonates, KCl, fer (œsophagite médicamenteuse) ; anticholinergiques et sédatifs (bouche sèche, déglutition).
- Terrain : RGO ancien (sténose peptique), atopie chez un homme jeune (œsophagite à éosinophiles), tabac et alcool (cancer épidermoïde), Raynaud (sclérodermie), Parkinson, AVC.
- Examen : bouche et dentition, cou (masse, thyroïde), ganglions sus-claviculaires, nerfs crâniens et examen neurologique, poids ; regarder boire quelques gorgées d’eau (toux, voix mouillée).
- FSC et ferritine ; TSH si goitre.
📞 Appeler / référer si
- Gastroentérologie (CRDS), dysphagie œsophagienne : rapidement progressive = priorité B (≤ 10 jours) ; stable et intermittente = priorité D (≤ 3 mois).
- Oropharyngée ou neuromusculaire (exclue du formulaire de gastroentérologie) : évaluation de la déglutition (orthophonie ou ergothérapie), neurologie selon la cause, ORL si masse cervicale, dysphonie ou odynophagie persistante.
📨 Référer : CRDS gastroentérologie · CRDS chirurgie générale (priorités A à E) · 🚩 Alertes cliniques : urgence
Oropharyngée ou œsophagienne ?
| Oropharyngée (transfert) | Œsophagienne (transport) | |
|---|---|---|
| Moment | Dès le début de la déglutition | Quelques secondes après avoir avalé |
| Symptômes | Toux, étouffement, fausses routes, régurgitation nasale, voix mouillée, salive qui coule | Sensation de blocage rétrosternal (parfois ressentie au cou), régurgitation |
| Causes motrices | AVC, Parkinson, sclérose en plaques, SLA, tumeur cérébrale, myasthénie, polymyosite, dystrophies musculaires, dystrophie oculopharyngée, démence, médicaments | Solides et liquides d’emblée : spasme et troubles de la motilité (intermittents) ; achalasie, sclérodermie, maladie de Chagas (progressives) |
| Causes mécaniques | Diverticule de Zenker (régurgitation d’aliments non digérés, halitose), hypertonie du cricopharyngien, ostéophytes cervicaux, goitre, cancer ORL, corps étranger | Solides plus que liquides : anneau de Schatzki, œsophagite à éosinophiles (intermittentes) ; sténose bénigne peptique ou caustique (lentement progressive) ; cancer (rapidement progressive) |
| Orientation | Évaluation de la déglutition, neurologie, ORL | Gastroscopie (CRDS de gastroentérologie) |
💡 Un blocage ressenti au cou n’exclut pas une cause œsophagienne distale ; un blocage rétrosternal, lui, vient de l’œsophage.
Causes œsophagiennes
- Mécanique (solides plus que liquides) :
- intermittente : anneau de Schatzki (épisodes de « steakhouse »), œsophagite à éosinophiles (homme jeune, atopie, impactions répétées) ;
- lentement progressive : sténose bénigne, peptique (RGO ancien, brûlures qui diminuent) ou caustique ;
- rapidement progressive : cancer (âge, perte de poids, anémie, tabac, alcool, œsophage de Barrett).
- Motrice (solides et liquides d’emblée) :
- intermittente : spasme œsophagien et autres troubles de la motilité (douleur thoracique : éliminer d’abord un SCA) ;
- progressive : achalasie (régurgitation d’aliments non digérés, perte de poids, toux nocturne), sclérodermie (Raynaud, RGO sévère), maladie de Chagas (personne venant d’Amérique du Sud ou centrale).
- Odynophagie (douleur à la déglutition) : œsophagite médicamenteuse, infectieuse (candida chez l’immunosupprimé ou sous corticoïdes inhalés, herpès), caustique ; ulcère ou cancer.
Prise en charge au SRV
- La gastroscopie est l’examen de 1re intention de la dysphagie œsophagienne (biopsies pour l’œsophagite à éosinophiles, même si la muqueuse paraît normale) ; le transit baryté aide si l’endoscopie tarde ou si une achalasie est suspectée.
- Demander la gastroscopie par le formulaire CRDS de gastroentérologie : rapidement progressive en priorité B, stable et intermittente en priorité D. L’impaction ne passe pas par le CRDS : urgence.
- En attendant : IPP à dose standard si RGO ou sténose peptique suspectée ; petites bouchées, bien mastiquer, éviter la viande et le pain secs ; consignes écrites de se présenter à l’urgence en cas de blocage.
- Œsophagite médicamenteuse : cesser l’agent si possible ; prendre les comprimés à risque avec 250 mL d’eau, en position debout, et rester assis ou debout 30 minutes.
- Candidose œsophagienne probable (muguet et odynophagie chez un patient sous corticoïdes inhalés ou immunosupprimé) : traitement selon le guide antibiotique ; immunosuppression importante ou échec : gastroentérologie ou urgence.
- Dysphagie oropharyngée : référence en orthophonie ou en ergothérapie pour l’évaluation de la déglutition (vidéofluoroscopie au besoin) et l’adaptation des textures (cadre IDDSI) ; revoir les médicaments sédatifs ; chercher la cause neurologique.
Bilan et traitement en spécialité (à connaître)
- Oropharyngée : chercher une maladie neuromusculaire ; la ciné-déglutition (vidéofluoroscopie) est souvent le premier examen (causes motrices et mécaniques, risque d’aspiration) ; TDM cérébrale si une atteinte du SNC est soupçonnée ; examen ORL (nasopharyngolaryngoscopie) si une cause mécanique n’est pas exclue.
- Oropharyngée motrice : traiter la maladie de base, orthophonie et ergothérapie, prévention de l’aspiration, soutien nutritionnel (gastrostomie au besoin). Cause mécanique : chirurgie ou traitement selon la cause.
- Œsophagienne : gastroscopie avec biopsies ; si elle est normale, manométrie œsophagienne ± transit baryté (trouble moteur ou anneau soupçonné).
- Sténose bénigne : dilatation (prothèse dans les cas complexes). Anneau de Schatzki : IPP bid, dilatation si réfractaire. Cancer : traitement oncologique ± prothèse.
- Œsophagite à éosinophiles : IPP à forte dose, corticoïde topique avalé ou diète d’éviction, et dilatation des sténoses (gastroentérologie).
- Achalasie : dilatation pneumatique, myotomie chirurgicale ou endoscopique (POEM), toxine botulique si le patient n’est pas candidat. Spasme : nitrates ou bloqueurs des canaux calciques. Sclérodermie : IPP.
Pièges et perles
- Impaction chez un homme jeune atopique : œsophagite à éosinophiles jusqu’à preuve du contraire ; demander des biopsies.
- Le globus (boule constante dans la gorge, sans difficulté à avaler, soulagée en mangeant) est bénin ; ORL s’il s’accompagne de dysphonie, d’odynophagie, d’une masse ou d’une perte de poids.
- Ne pas tenter de « débloquer » une impaction au SRV (boisson gazeuse, glucagon) : urgence.
- Personne âgée qui tousse en mangeant ou qui fait des pneumonies à répétition : dépister la dysphagie oropharyngée.
Références
- Formulaire de référence en gastroentérologie (CRDS, MSSS) : dysphagie excluant l’origine oropharyngée ou neuromusculaire, rapidement progressive (priorité B) ou stable et intermittente (priorité D) ; alerte clinique : impaction alimentaire ou corps étranger (voir Consultations › Gastroentérologie).
- Le Lanthier (guide de médecine interne), section « Dysphagie » : définitions, causes oropharyngées et œsophagiennes, bilan et traitement selon la cause (ressource fournie par Dr H., résumée dans nos mots).
- Wilkinson JM, Codipilly DC, Wilfahrt RP. Dysphagia: evaluation and collaborative management. Am Fam Physician. 2021;103(2):97-106.
- Ikenberry SO et al. Management of ingested foreign bodies and food impactions (ASGE). Gastrointest Endosc. 2011;73(6):1085-91.
- Hirano I et al. AGA Institute and Joint Task Force on Allergy-Immunology Practice Parameters clinical guidelines for the management of eosinophilic esophagitis. Gastroenterology. 2020;158(6):1776-86.
- Vaezi MF et al. ACG clinical guidelines: diagnosis and management of achalasia. Am J Gastroenterol. 2020;115(9):1393-1411.
- International Dysphagia Diet Standardisation Initiative (IDDSI) : cadre des textures modifiées.